Rififi sur le cacao entre le Ghana et la Côte d’Ivoire, les deux premiers producteurs mondiaux
Les producteurs ivoiriens de fèves sont confrontés à une baisse drastique des prix, décidée par les autorités. L’autre grand pays du cacao, le Ghana, a augmenté les siens, alors que les prévisions de récolte ne sont pas bonnes..
Le Ghana et la Côte d’Ivoire sont les deux plus grands producteurs mondiaux de cacao, une fève utilisée pour fabriquer le chocolat. En 2026, ces deux pays africains, qui représentent ensemble plus de 60 % de la production mondiale, adoptent des stratégies opposées pour fixer le prix payé aux agriculteurs. Le Ghana a choisi d’augmenter le prix versé aux producteurs pour la saison 2026-2027, tandis que la Côte d’Ivoire a décidé de le baisser depuis l’année précédente. Cette divergence crée des tensions entre les deux nations, toutes deux dépendantes de cette culture pour leur économie.
En Côte d’Ivoire, le gouvernement a fixé le prix d’achat du kilogramme de fèves de cacao à 1 200 francs CFA (soit environ 1,83 euro) pour la principale saison de récolte, qui s’étend de septembre à mars. Cette décision s’explique par la volonté de maintenir un prix « financièrement soutenable » pour la filière, alors que les cours internationaux du cacao reculent. Depuis l’année précédente, le prix ivoirien a chuté de 57 %, ce qui place les producteurs locaux dans une situation difficile. Les autorités justifient cette baisse par la nécessité de protéger la compétitivité de la filière face à la volatilité des marchés.
À l’inverse, le Ghana a choisi d’augmenter le prix payé aux producteurs de cacao pour la saison 2026-2027. Le gouvernement ghanéen a fixé ce tarif à 42 400 cedis par tonne, ce qui équivaut à environ 3,16 euros par kilogramme. Cette hausse significative, comparée à celle de la Côte d’Ivoire, vise à soutenir les revenus des agriculteurs et à stabiliser la production. Le Ghana mise ainsi sur une meilleure rémunération pour attirer les producteurs et éviter les perturbations de l’approvisionnement mondial.
L’écart important entre les prix proposés par les deux pays crée un risque de trafic transfrontalier des fèves de cacao. Les producteurs ivoiriens pourraient être tentés de faire passer clandestinement leurs récoltes au Ghana, où le prix est plus attractif. Cette pratique, appelée smuggling en anglais, perturberait l’approvisionnement du marché international et maintiendrait les prix à un niveau élevé. Les autorités craignent que cette situation ne déséquilibre davantage le marché et ne fragilise la filière dans les deux pays.
La volatilité des cours mondiaux du cacao, combinée à des prévisions de récolte médiocres, explique en partie les décisions opposées des deux pays. Le marché du cacao est en effet très sensible aux fluctuations de l’offre et de la demande, ainsi qu’aux spéculations financières. Les deux géants africains tentent de protéger leurs producteurs tout en maintenant leur compétitivité sur la scène internationale. Leur rivalité illustre les défis économiques auxquels font face les pays dépendants de l’exportation de matières premières.
Le cacao est une matière première stratégique, utilisée dans l’industrie agroalimentaire pour produire du chocolat et d’autres produits dérivés. Les tensions entre le Ghana et la Côte d’Ivoire, qui représentent ensemble plus de 60 % de la production mondiale, pourraient avoir des répercussions sur les prix du chocolat et la disponibilité des produits finis. Une perturbation de l’approvisionnement ou une hausse des prix des fèves pourrait impacter les consommateurs et les industriels à l’échelle mondiale, soulignant l’importance de ces deux pays dans l’économie globale.

