Le combat de parents pour rapatrier le corps de leur fils mort sur le front en Ukraine
«On sait où il est, mais on ne peut pas aller le chercher», raconte le couple de Français..
Alexis, un jeune homme de 23 ans, est mort en avril 2025 en combattant en Ukraine contre l’armée russe. Il était né en Russie et avait été adopté à l’âge de 10 mois par un couple français, Jean-Philippe et Nathalie. Alexis s’est engagé dans l’armée française en 2021 au 93e Régiment d’artillerie de montagne (RAM), basé à Varces en Isère. Il a rejoint la Légion internationale en Ukraine en janvier 2025, où il a pris le callsign (surnom) d’Hector. Son unité, Bravo 3, était composée de volontaires internationaux. Alexis a été tué par un éclat d’obus lors d’une mission près de Zaporijjia, dans l’est de l’Ukraine. Ses parents ont appris sa mort via une publication sur les réseaux sociaux, et non par un contact officiel de l’armée.
Alexis a décidé de partir combattre en Ukraine en janvier 2025, après avoir servi deux ans dans l’armée française. Ses parents ont tenté de le dissuader, craignant pour sa vie, mais il était déterminé. Il se sentait français et voulait défendre les valeurs de liberté et de démocratie, notamment après avoir vu les images des civils ukrainiens massacrés par l’armée russe lors de l’invasion de 2022. Alexis a quitté la France le 2 janvier 2025 depuis la gare de Vannes, malgré les supplications de sa famille. Il a intégré la Légion internationale en Ukraine, où il a trouvé une cohésion qu’il n’avait pas connue dans l’armée française. Ses parents ont reçu des messages de son commandant, un Américain, qui le décrivait comme un soldat courageux et un ami généreux.
Les derniers échanges entre Alexis et ses parents ont eu lieu en avril 2025, juste avant sa mort. Il leur a envoyé un message pour leur annoncer qu’il partait en mission : « Je pars ce soir pour une mission d’une semaine. » Ce fut le dernier contact direct. Une semaine plus tard, ses parents ont découvert sa mort sur les réseaux sociaux, via une publication d’un soldat de son unité. Sur les trente soldats engagés dans cette mission près de Zaporijjia, quinze sont morts. Alexis a été touché à la jambe par un éclat d’obus. Un camarade lui a posé un garrot, mais il est décédé peu après sous les bombardements. Ses parents ont reçu un courrier de l’ambassade française certifiant sa « disparition au combat », une formulation qu’ils contestent, car ils savent qu’il est mort.
Les parents d’Alexis se heurtent à une difficulté majeure : ils ne peuvent pas rapatrier son corps, car il se trouve dans une kill zone (zone de combat active) près de Zaporijjia. Récupérer un corps dans une telle zone est considéré comme impossible en raison des risques persistants de bombardements et de combats. Ses parents ont appris cette nouvelle après avoir déclaré son décès à la gendarmerie locale. Ils ont demandé que son statut soit officiellement reconnu comme « mort au combat », et non « disparu », pour éviter une incertitude prolongée. Cette situation les plonge dans une détresse profonde, car ils ne peuvent même pas se recueillir sur sa tombe. Ils savent où il repose, mais ne peuvent y accéder.
Pour faire leur deuil, les parents d’Alexis se tournent vers des initiatives symboliques et des soutiens extérieurs. Ils ont rejoint un groupe de mères dont les enfants sont morts ou disparus en Ukraine. Nathalie, sa mère, s’est fait tatouer la date de naissance d’Alexis, et son père, Jean-Philippe, a fait de même. Leur fille Zoé, âgée de 19 ans, a également un tatouage avec cette date. Des frères d’armes d’Alexis leur envoient régulièrement des messages pour partager des souvenirs et des hommages. Une fondation américaine, la R.T. Weatherman, les a contactés pour collecter des éléments d’ADN (mèche de cheveux et empreinte dentaire) afin d’identifier formellement le corps d’Alexis le jour où il sera possible de le rapatrier. En attendant, ses parents conservent ses messages et vidéos pour garder une trace de lui.
Alexis est né en Russie et a été adopté par Jean-Philippe et Nathalie à l’âge de 10 mois. Ses origines russes n’ont jamais été un sujet pour lui : il se considérait comme entièrement français. Ses parents soulignent qu’il a fait un choix héroïque en partant combattre en Ukraine, sans chercher à résoudre le paradoxe de ses origines et de son engagement. Il est mort en défendant des valeurs qui lui tenaient à cœur, celles de la liberté et de la démocratie. Pour ses parents, son héritage est celui d’un jeune homme entier, déterminé et courageux, qui a agi selon ses convictions jusqu’au bout. Ils ne cherchent pas à comprendre ou à juger ses motivations, mais à honorer sa mémoire.

