Le Québec entre crispation et détente de la guerre tarifaire
Assénés de coups tarifaires par Donald Trump, les Québécois s’éloignent aujourd’hui des Américains..
En 2001, après les attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis, environ 100 000 personnes se sont rassemblées à Ottawa pour soutenir les Américains. Le Canada a alors déployé 158 soldats dans le cadre de la guerre contre le terrorisme en Afghanistan, illustrant une alliance historique entre les deux pays. L’ancien premier ministre Jean Chrétien et l’ex-premier ministre québécois Jean Charest ont souligné l’engagement militaire canadien, avec une liste officielle des soldats tombés au combat disponible sur le site du gouvernement fédéral. Cette période a marqué une solidarité forte entre le Québec, le Canada et les États-Unis, mais les relations commerciales se sont depuis dégradées.
Depuis plusieurs mois, une guerre tarifaire oppose le Canada aux États-Unis, sous l’impulsion du président Donald Trump. Les États-Unis ont imposé des tarifs douaniers sur des produits canadiens exportés, d’une valeur totale estimée entre 27,6 et 29 milliards de dollars. En réponse, le Canada a instauré des contre-tarifs sur des produits américains importés, d’un montant équivalent. Ces mesures protectionnistes visent à protéger les industries locales mais ont des conséquences économiques directes sur les échanges commerciaux. Au Québec, cette situation crée un double choc : elle réduit les débouchés pour les produits québécois et alimente l’inflation, déjà élevée.
La guerre tarifaire a provoqué des réactions vives au Québec. Lors d’un forum politique organisé par la Coalition avenir Québec, des citoyens ont exprimé leur soutien au ministre Bernard Drainville, qui avait lancé un fuck you, estie! (expression québécoise familière signifiant une insulte) à Donald Trump dans une entrevue radiophonique. La première ministre Christine Fréchette a rappelé Drainville à l’ordre, mais cette intervention a été perçue comme une censure par certains électeurs. D’autres partis, comme le Parti libéral du Québec avec son chef Charles Milliard, ou Québec solidaire avec sa co-porte-parole Ruba Ghazal, ont évoqué l’idée d’utiliser l’hydroélectricité québécoise comme levier dans ce conflit commercial.
L’économiste Simon Savard, de l’Institut du Québec, souligne que la guerre tarifaire aggrave un climat économique déjà tendu au Québec. Les Québécois ressentent une perte de pouvoir d’achat depuis plusieurs années, et les tarifs douaniers viennent s’ajouter à cette pression. Les indices de confiance économique des Québécois sont à des niveaux historiquement bas. Julien Frédéric Martin, professeur à l’UQAM, précise que les effets macroéconomiques de cette guerre sont limités à court terme, mais que certains groupes spécifiques, comme les travailleurs des secteurs exportateurs, subissent des conséquences importantes.
L’hydroélectricité québécoise, produite en abondance grâce aux barrages hydroélectriques, est perçue comme une arme potentielle dans cette guerre tarifaire. Le Québec exporte une partie de son électricité vers les États-Unis, et certains proposent de réduire ces exportations ou d’augmenter leur prix en représailles aux tarifs américains. Le professeur Julien Frédéric Martin qualifie cette stratégie de bombe nucléaire en raison de ses conséquences économiques majeures. Cependant, Stéphane Paquin, professeur à l’ENAP, met en garde contre une escalade trop agressive, car les États-Unis disposent de nombreux outils pour riposter.
Stéphane Paquin, spécialiste en politiques publiques, attire l’attention sur les risques diplomatiques liés à une rhétorique trop agressive envers les États-Unis. Il souligne que les consulats américains au Québec et au Canada suivent de près la campagne électorale québécoise et pourraient réagir à des propos jugés trop provocateurs. Paquin rappelle que Donald Trump, perçu comme un dirigeant guidé par le pouvoir plutôt que par la raison, dispose de nombreux leviers pour punir le Québec ou le Canada. Il insiste sur la nécessité de reprendre des négociations commerciales, car une relation tendue n’apporte aucun bénéfice à long terme.
Face à cette guerre tarifaire et à ses conséquences économiques, les partis politiques québécois proposent diverses solutions pour soutenir l’économie locale. L’*Institut du Québec* évoque des mesures comme des subventions aux entreprises, des prêts (parfois pardonnables), ou des baisses d’impôts pour stimuler la compétitivité et la productivité. Ces propositions visent à réduire la dépendance du Québec envers les États-Unis en diversifiant les marchés d’exportation. Cependant, ces mesures pourraient peser sur les finances publiques, dans un contexte où la guerre commerciale s’intensifie et où les incertitudes économiques persistent.

