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Généraliste

Si ce n’était que la littérature

Le Devoir · mis à jour il y a 20 j

Mais ils ont volé le cœur avec..

Affaire Thélyson Orélien

L’affaire Thélyson Orélien concerne un auteur accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour écrire son roman C’était ça ou mourir. Depuis ces allégations, le débat sur l’utilisation de l’IA dans la création littéraire s’est intensifié. Cependant, selon Dominique Leclerc, une artiste ayant exploré ce thème dans ses pièces de théâtre, cette polémique reste mineure comparée aux enjeux plus larges liés à l’IA. Elle souligne que l’IA est bien plus qu’un simple outil : elle est devenue un système complexe avec des intentions politiques et économiques, bien au-delà des questions de plagiat ou de fraude littéraire. L’IA, comme ChatGPT, a été comparée à une Ferrari sans freins, car elle a été rendue accessible au grand public sans cadre réglementaire suffisant pour en contrôler les dérives.

Théâtre et transhumanisme

Dominique Leclerc, comédienne et metteuse en scène, consacre depuis 2013 ses créations au transhumanisme et à l’IA. Elle a écrit et monté plusieurs pièces, dont Posthumains et Une vie intelligente, en collaboration avec l’Université de Montréal. Ces œuvres explorent les dérives potentielles de la technologie, notamment la dépendance aux outils numériques et les risques liés à la collecte massive de données. Leclerc a tenté d’alerter le public dès 2017, mais elle a été perçue comme une auteure de science-fiction. En 2021, sa pièce i/O a abordé les zones troubles de la technologie, bien avant que l’IA ne devienne un sujet de préoccupation généralisée. Elle décrit une mutation de l’être humain, notamment sa dépendance aux smartphones, au point de ne plus mémoriser les numéros de téléphone.

Risques de l'IA

L’IA n’est pas seulement un outil, mais un système aux intentions politiques et économiques, selon Dominique Leclerc. Elle met en garde contre les risques de cyberattaques, d’atteintes à la vie privée et de perte de contrôle. Par exemple, en France, une attaque informatique a récemment paralysé les systèmes de réfrigération de centaines d’épiceries, provoquant un gaspillage massif de denrées. Leclerc souligne que le Québec manque de protection face à ces vulnérabilités, faute d’éducation et de sensibilisation du public. Elle critique également l’absence de responsabilité des entreprises technologiques, qui détiennent un pouvoir croissant sur les données personnelles et les politiques publiques. En 2023, le chercheur Yoshua Bengio a publié une lettre d’alerte sur les dérives possibles de l’IA, suivie en 2026 par une pétition signée par 225 chercheurs exigeant des changements immédiats pour éviter des incidents majeurs.

Données et pouvoir

La sociologue Dominique Méda, dans un article publié en octobre 2026 dans Le Monde, souligne que les entreprises de la Silicon Valley, comme Google, Amazon ou Facebook, détiennent des pouvoirs privés considérables. Elles contrôlent des pans entiers de la condition humaine : Google détient 90 % des recherches en ligne, Amazon et Microsoft le monopole de la mémoire, Facebook celui des relations sociales, et Twitter celui de l’opinion publique. Ces entreprises, selon Méda, devraient être soumises à un cadre constitutionnel pour limiter leur influence. Le roman Le fondateur de Giuliano da Empoli, inspiré de la vie de Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir, illustre cette concentration du pouvoir entre les mains de quelques acteurs. Thiel défend l’idée que les entreprises devraient gouverner les nations, une vision qualifiée de libertarienne et autoritaire.

Exemple concret : Pierre Fitzgibbon

En 2020, Pierre Fitzgibbon, alors ministre de l’Économie du Québec, a déclaré vouloir attirer les compagnies pharmaceutiques en utilisant les données de la RAMQ (Régie de l’assurance maladie du Québec), qualifiées de mine d’or. Il a évoqué une collaboration avec des entreprises comme Mila ou Imagia, spécialisées dans l’IA, pour booster l’économie québécoise. Cette stratégie, critiquée par Dominique Leclerc, illustre comment les données personnelles peuvent être exploitées à des fins économiques et politiques. Fitzgibbon a également été associé au projet Northvolt, une usine de batteries électriques au Québec, symbolisant l’alliance entre politique et industrie technologique. Leclerc souligne que ces initiatives ignorent souvent les questions de sécurité et de confidentialité des données.

Ce que ça pourrait changer

Dominique Leclerc exprime une inquiétude croissante face à la vulnérabilité des sociétés modernes face aux technologies. Elle critique le manque d’éducation et de sensibilisation du public aux enjeux de cybersécurité et de protection des données. Selon elle, la phrase *Je n’ai rien à cacher* est trompeuse : même des choix anodins, comme aimer la couleur jaune sur les réseaux sociaux, peuvent être exploités par des régimes autoritaires. Elle rappelle que les données personnelles, une fois collectées, peuvent être utilisées pour influencer les comportements, les opinions ou les droits des individus. Leclerc appelle à une prise de conscience collective et à une régulation plus stricte des entreprises technologiques pour protéger les libertés individuelles.

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