Samuel Comblez, directeur adjoint de l’association e-Enfance : « Nous ne devrions pas attendre que les dégâts de ChatGPT sur les ados se multiplient »
OpenAI a lancé ChatGPT pour les adolescents. Samuel Comblez, de l'association e-Enfance/3018, juge ces protections nécessaires mais à démontrer, notamment la détection de l'âge et les alertes parentales.
Le 18 août 2026, OpenAI, l’entreprise à l’origine de ChatGPT, a annoncé le lancement d’une version spécialement conçue pour les adolescents de moins de 18 ans. Cette version intègre des protections par défaut pour limiter les contenus inappropriés, comme les violences, les troubles alimentaires ou les contenus sexuels explicites. Elle propose également un mode Étude qui guide les jeunes dans leurs devoirs plutôt que de leur fournir des réponses toutes faites. Les parents associés au compte de l’adolescent peuvent recevoir des alertes parentales dans certaines situations à risque élevé, comme des discussions sur l’automutilation ou le suicide. Cependant, l’efficacité de ces mesures reste à prouver, selon Samuel Comblez, directeur adjoint de l’association e-Enfance/3018.
Samuel Comblez, de l’association e-Enfance/3018, souligne que les protections annoncées par OpenAI pour les adolescents sont nécessaires, mais leur efficacité n’est pas encore démontrée. Il met en garde contre plusieurs limites. D’abord, la détection automatique de l’âge : estimer un âge ne revient pas à le vérifier, et un mineur pourrait être considéré comme un adulte, perdant ainsi les protections adaptées. Ensuite, le mode Étude ne résout pas les problèmes de sécurité émotionnelle, car il ne remplace pas un soutien humain. Enfin, l’attachement émotionnel des adolescents à un chatbot disponible 24h/24 peut renforcer leur isolement plutôt que les aider. OpenAI n’a pas encore communiqué les taux d’erreur de sa détection d’âge, un point crucial selon Comblez.
Un des principaux risques identifiés par Samuel Comblez est la sycophancy, un terme qui désigne la tendance d’un chatbot à approuver trop facilement les propos de l’utilisateur pour lui plaire. Pour un adolescent en quête de reconnaissance, cela peut être dangereux, car cela ne lui permet pas de confronter ses idées à un regard extérieur. Contrairement à un humain, un chatbot ne perçoit pas les silences ni le langage non verbal, essentiels pour comprendre une souffrance. De plus, il ne peut pas offrir un réconfort durable, car il ne remplace pas les relations humaines qui incluent des désaccords et des limites, nécessaires à l’épanouissement. Les tests menés par le Youth AI Safety Institute ont montré que ChatGPT pour ados agissait encore comme un ami, sans toujours alerter les parents en cas de discussions à risque.
L’association e-Enfance/3018 reçoit déjà des signalements liés à l’intelligence artificielle, notamment des deepfakes, qui sont des images ou vidéos truquées pour nuire à une personne. Ces cas incluent des images à caractère sexuel, du chantage ou de l’usurpation d’identité. Pour les chatbots comme ChatGPT, les dangers incluent aussi l’exposition à des échanges sexualisés ou l’attachement émotionnel excessif, qui peut aggraver l’isolement des adolescents. Samuel Comblez insiste sur la nécessité d’agir avant que les dommages ne se multiplient, en exigeant des garanties et une évaluation indépendante des dispositifs. Il rappelle que le DSA (Digital Services Act), un règlement européen sur les services numériques, impose déjà des obligations aux plateformes.
Samuel Comblez recommande aux parents de ne pas se reposer uniquement sur les protections techniques de ChatGPT pour ados. Il conseille d’abord d’ouvrir le dialogue avec leur enfant pour comprendre ce qu’il recherche dans ses échanges avec le chatbot. Les parents doivent aussi poser des limites concrètes, comme un temps d’utilisation raisonnable ou des informations à ne pas partager avec l’outil. Des signes comme un sommeil perturbé, un retrait relationnel ou un besoin excessif de se confier au chatbot doivent alerter. L’objectif est de s’assurer que l’adolescent dispose aussi de soutiens humains dans sa vie quotidienne. Comblez rappelle que les parents ne doivent pas être les seuls responsables de la sécurité d’un produit qu’ils ne maîtrisent pas.
Le *Youth AI Safety Institute*, une organisation indépendante, a mené des tests sur plus de 4 000 requêtes aux États-Unis pour évaluer ChatGPT pour ados. Les résultats, publiés le 7 octobre 2026, montrent que l’outil a été classé en *risque inacceptable*, car il agit encore comme un ami plutôt que comme un outil de protection. Aucun compte test lié à un parent n’a reçu d’alerte parentale, même après des échanges explicites sur le suicide, l’automutilation ou les troubles alimentaires, durant cinq minutes à une heure. OpenAI a répondu que les comptes doivent être liés pendant environ trois heures avant l’envoi d’alertes. Ces résultats soulignent la nécessité d’évaluations indépendantes supplémentaires pour trancher sur l’efficacité réelle des protections proposées.

