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Géopolitique

Avant Noël c’est déjà Noël : ce que dévoile le “Christmas creep”

Courrier International · mis à jour il y a 29 j

Mariah Carey ne s’est même pas encore réveillée que Noël est déjà là. Dans les magasins, on voit, depuis début septembre, des décorations de Noël dans les rayons.

Origine du Christmas creep

Le Christmas creep ou « Noël invasif » désigne l’avancement progressif des décorations, musiques et publicités de Noël dans les rayons des magasins, bien avant la date officielle de la fête. Ce phénomène n’est pas récent : il remonte à la fin du XIXe siècle, comme l’explique le magazine américain Time. À l’époque victorienne, les achats de cadeaux étaient anticipés pour éviter les heures supplémentaires et le travail des enfants. Cependant, ce qui était initialement une mesure sociale est devenu un outil commercial. Les commerçants ont rapidement compris l’intérêt stratégique de cette anticipation pour étaler les ventes et maximiser leurs profits. Ainsi, le Christmas creep est né d’une combinaison entre une habitude sociale et une stratégie marketing, bien avant que le consumérisme ne domine cette période de l’année.

Rôle du consumérisme

Aujourd’hui, le Christmas creep est largement alimenté par le consumérisme. Aux États-Unis, par exemple, les consommateurs étalent leurs achats sur plus de trois mois, contre quatre semaines autrefois entre le Black Friday et Noël. Cette tendance s’est accentuée avec la hausse des prix, incitant les acheteurs à anticiper leurs dépenses pour mieux gérer leur budget. Les commerçants, comme John Derian à New York, adaptent leurs stratégies en réservant davantage d’espace aux décorations de Noël dès le mois d’octobre, voire avant. Derian explique que cette décision repose sur une observation simple : les gens n’achètent pas de meubles comme cadeaux de Noël, donc il est plus judicieux de mettre en avant des articles festifs. Ainsi, le Christmas creep répond à une logique économique où l’offre crée la demande, tout en s’adaptant aux comportements des consommateurs.

Influence sociale et Zeitgeist

Le Christmas creep illustre un concept philosophique appelé Zeitgeist, un terme allemand signifiant « esprit du temps ». Proposé par le philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831), ce concept désigne l’ensemble des habitudes, des valeurs et des tendances qui influencent une société à une époque donnée. Le Zeitgeist est omniprésent mais difficile à cerner, car il agit à la fois sur les comportements individuels et collectifs. Dans le cas du Christmas creep, le Zeitgeist reflète une société où Noël est de plus en plus associé à la consommation et aux achats précoces. Selon Time, si les habitudes changeaient — par exemple en réduisant les achats de décorations ou en limitant l’écoute des chants de Noël avant décembre —, le phénomène pourrait s’atténuer progressivement. Cependant, le magazine souligne que cette transformation collective prend du temps et nécessite une prise de conscience partagée.

Débat consumérisme vs désir

Le Christmas creep soulève une question centrale : est-il le résultat d’une manipulation commerciale ou d’un véritable désir des consommateurs ? D’un côté, les commerçants profitent de cette période pour étaler leurs ventes et s’adapter à des budgets serrés, comme en témoigne la hausse des prix aux États-Unis. De l’autre, les consommateurs semblent accepter, voire rechercher, cette anticipation des fêtes. Le magazine Time estime que la réponse se situe entre les deux : une interaction complexe entre l’offre des marques et la demande des acheteurs. Cette dynamique reflète un Zeitgeist où Noël est à la fois une tradition et un marché lucratif. Ainsi, le Christmas creep devient un symbole des tensions entre tradition et modernité, entre partage familial et consommation de masse.

Ce que ça pourrait changer

Pour limiter le *Christmas creep*, *Time* suggère que les consommateurs pourraient modifier leurs habitudes, par exemple en réduisant leurs achats précoces ou en évitant les décorations avant décembre. Cependant, le magazine reconnaît que cette évolution est difficile à mettre en œuvre sans une prise de conscience collective. Une autre piste serait de redéfinir le sens de Noël, comme le propose l’article, en recentrant la fête sur des valeurs autres que la consommation. Pourtant, les acteurs comme John Derian, qui a lancé sa boutique de Noël dès octobre, montrent que le phénomène reste ancré dans les pratiques commerciales. Ainsi, tant que la société valorisera Noël comme une période de dépenses, le *Christmas creep* continuera probablement à s’étendre, année après année.

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