Les bibliothèques publiques manquent de personnel
La question des ressources humaines est particulièrement préoccupante dans ce cinquième portrait des investissements..
En 2025, les bibliothèques publiques du Québec affichent une note globale de 68% selon le Portrait des investissements dans les bibliothèques publiques québécoises, un indicateur mesurant leur performance dans cinq catégories : dépenses d’acquisition, heures d’ouverture, superficie, ressources humaines et nombre de places assises. Cette note reste stable par rapport à 2024 (68%) mais progresse légèrement par rapport à 2022 (64%). La directrice générale de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ), Ève Lagacé, souligne que malgré des efforts, les investissements stagnent et que les besoins, notamment en personnel, restent critiques. Elle insiste sur l’importance de ces institutions pour la vitalité des communautés et appelle à un renforcement des moyens pour offrir des services de qualité à l’ensemble de la population québécoise.
Le Portrait révèle des écarts importants entre les régions du Québec en 2025. Les régions centrales, comme Montréal (71%) et Québec (70%), obtiennent les meilleures notes, suivies des régions intermédiaires (65%) comme la Mauricie ou l’Estrie. En revanche, les régions éloignées, incluant le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie ou le Nord-du-Québec, affichent des notes plus faibles (64%). Julie Blais, présidente du réseau BIBLIO du Québec, explique que ces différences reflètent des réalités locales très variées. Elle rappelle que, quelle que soit la taille de la municipalité, chaque citoyen devrait pouvoir bénéficier d’une bibliothèque bien équipée, avec des collections riches et des services accessibles. Ces notes sont calculées à partir des critères du programme BiblioQUALITÉ, un outil évaluant l’excellence des bibliothèques.
La catégorie des ressources humaines est la plus préoccupante, avec une note de seulement 31% en 2025, stable depuis cinq ans. Le Portrait estime qu’il manquait 3 140 employés l’an dernier pour atteindre un niveau d’excellence. Parmi ces postes non pourvus, on compte 806 techniciens en documentation (note de 20%), 504 bibliothécaires (note de 12%) et 1 830 autres employés (note de 46%). Les techniciens en documentation s’occupent du traitement des documents, de l’animation d’activités et du soutien à la recherche, tandis que les bibliothécaires gèrent la bibliothèque, programment des activités culturelles et aident les usagers dans leurs recherches. La majorité des bibliothécaires sont des femmes. Ce déficit de personnel limite la qualité des services offerts et explique en partie les faibles notes dans d’autres catégories.
En 2025, la catégorie des dépenses d’acquisition obtient une note de 62%, en forte baisse par rapport à 2022 (84%). Pour atteindre un niveau d’excellence, il aurait fallu acheter 823 582 livres imprimés supplémentaires dans les bibliothèques publiques du Québec. Par ailleurs, la catégorie de la superficie atteint 66%, et le Portrait indique qu’il faudrait 171 895 mètres carrés supplémentaires pour loger les collections, offrir assez de places assises et permettre une circulation fluide. Concernant les places assises, la note est de 82%, mais 12 500 places manquent encore. Les problèmes de personnel contribuent directement à ces lacunes, notamment en limitant les heures d’ouverture, notées à 57% (en hausse par rapport à 54% en 2022), avec un besoin de 7 588 heures supplémentaires pour atteindre l’excellence.
Malgré les difficultés, le Québec se distingue par des aspects positifs. En 2025, 99,5% des bibliothèques publiques offrent un abonnement gratuit, et 88,4% n’imposent plus de frais de retard. Le Québec se classe premier parmi les provinces comparables au Canada avec 1,24 point de service par 10 000 habitants, contre 0,79 en Ontario ou en Alberta et 0,48 en Colombie-Britannique. Le *Portrait* s’appuie sur des données de 2023, qui dénombrent 1 034 bibliothèques publiques au Québec. Cependant, 3,3% de la population, soit environ 266 000 personnes réparties dans 266 municipalités, n’a toujours pas accès à une bibliothèque publique, principalement dans les zones éloignées ou les petites municipalités.

