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La dette de la France grimpe encore en flèche : les investisseurs la jugent désormais plus risquée que l’Italie et la Grèce

Presse-Citron · mis à jour 7 oct.

La France emprunte désormais à près de 5 %, signe que les investisseurs doutent de ses capacités à redresser ses comptes. La dette publique, elle, continue de grimper..

Dette française record

La dette de la France a atteint un niveau historique de 3 595,5 milliards d’euros au troisième trimestre 2024, soit 119 % du produit intérieur brut (PIB). Ce ratio mesure la richesse produite par le pays sur une année. En seulement trois mois, la dette a augmenté de 59,6 milliards d’euros, et les prévisions indiquent qu’elle pourrait dépasser 121 % du PIB d’ici la fin de l’année. Pour comparer, l’Allemagne, souvent perçue comme un modèle économique en Europe, emprunte à un taux bien inférieur (3,5 % contre près de 5 % pour la France) pour une durée de 10 ans. Cette hausse rapide s’explique par des dépenses publiques élevées et une croissance économique moins dynamique que prévu. La dette française est désormais plus élevée que celle de l’Italie (140 % du PIB) ou de la Grèce (171 %), mais elle reste inférieure à celle des États-Unis (122 %).

Prime de risque élevée

Les investisseurs, qui prêtent de l’argent à la France en achetant ses obligations d’État, exigent désormais une prime de risque plus élevée que pour l’Italie ou la Grèce. Cette prime correspond à un supplément de taux d’intérêt que la France doit payer pour compenser le risque perçu par les marchés. Par exemple, si l’Allemagne emprunte à 3,5 %, la France doit payer près de 5 %, soit un écart de 1,5 point de pourcentage. Cet écart reflète la méfiance des investisseurs envers la capacité de la France à rembourser sa dette à long terme. Barclays, une grande banque internationale, souligne que cette situation place la France dans la catégorie des pays périphériques de la zone euro, comme l’Espagne ou le Portugal, alors qu’elle faisait auparavant partie du cœur stable de la zone. Cette perte de confiance peut entraîner une hausse des coûts d’emprunt et aggraver la charge de la dette.

Charge de la dette alourdie

La dette française coûte de plus en plus cher à rembourser. En 2027, la charge de la dette – c’est-à-dire les intérêts à payer chaque année – devrait dépasser 90 milliards d’euros. Pour donner une idée de l’ampleur, ce montant est supérieur aux budgets annuels alloués à la Défense nationale ou à l’Éducation en France. Cette situation s’explique par la hausse des taux d’intérêt décidée par la Banque centrale européenne (BCE) pour lutter contre l’inflation, qui a atteint des niveaux records en Europe. La BCE a relevé ses taux à deux reprises, ce qui rend l’emprunt plus coûteux pour tous les États de la zone euro. Par ailleurs, la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques en Iran ont fait exploser les prix de l’énergie, alimentant l’inflation et pesant sur les finances publiques.

Contexte politique instable

La situation économique de la France est aggravée par un contexte politique très incertain. Le projet de budget 2025 prévoit un effort de redressement de 54 milliards d’euros, mais son adoption s’annonce difficile en raison des divisions au sein du Parlement et des tensions entre les partis politiques. Certaines mesures, comme la fin de l’indexation des retraites sur l’inflation (c’est-à-dire la suppression de l’augmentation automatique des pensions en fonction des prix) ou le gel partiel des salaires des fonctionnaires, sont très impopulaires et risquent d’être bloquées. Les élections présidentielles à venir ajoutent à l’incertitude, car les propositions des candidats divergent radicalement. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon propose d’effacer la dette détenue par la Banque centrale européenne, tandis que Marine Le Pen souhaite réduire le déficit de 0,5 point de PIB par an. Cette absence de consensus rend les investisseurs encore plus méfiants.

Ce que ça pourrait changer

Contrairement à la Grèce en 2010, la France ne peut pas compter sur un *plan de sauvetage* de la part de ses partenaires européens ou de la BCE. En effet, la France représente 20 % de l’économie de la zone euro, contre seulement 2 % pour la Grèce à l’époque. Les outils de la BCE, comme les rachats massifs d’obligations, sont conçus pour des pays de petite taille et ne pourraient pas absorber une dette française aussi colossale. Barclays résume cette situation par une formule frappante : *« La France est trop importante pour faire faillite, trop grosse pour être sauvée »*. Cela signifie que le pays devra se résoudre à réduire son déficit par ses propres moyens, sans aide extérieure. Les analystes estiment que cette pression durable pourrait peser sur l’économie française pendant plusieurs années, obligeant les gouvernements à prendre des mesures impopulaires pour rétablir la confiance des marchés.

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