Face à l'essor des deepfakes à caractère sexuel, les ados modifient leur manière d'utiliser les réseaux sociaux
Les jeunes se retrouvent démunis face à la multiplication des deepfakes à caractère pornographique sur les réseaux sociaux. Un quart d'entre eux ont déjà reconnu une personne de leur entourage, voire eux-mêmes, sur ces contenus dopés à l'IA..
Les deepfakes à caractère sexuel, des contenus générés par intelligence artificielle (IA) utilisant des images de personnes réelles pour créer des vidéos ou images pornographiques ou dénudées, connaissent une augmentation massive selon l'ONG américaine Common Sense Media. Ces contenus, souvent créés sans le consentement des personnes représentées, posent un problème majeur pour les adolescents, notamment en raison de leur exposition précoce à ces images. Les deepfakes sont des médias manipulés par des algorithmes d'IA capables de reproduire des visages et des voix de manière réaliste. En 2026, une étude de Common Sense Media révèle que près de la moitié des collégiens et lycéens ont déjà été exposés à ce type de contenus, souvent par hasard. Parmi eux, 64 % ont reconnu des célébrités sur ces images, et 24 % ont identifié des personnes de leur entourage, voire eux-mêmes. Ces chiffres illustrent l'ampleur du phénomène et son impact direct sur la vie des jeunes.
Les adolescents, en pleine construction de leur identité et de leurs premières relations amoureuses, sont particulièrement vulnérables face à ces contenus. L'étude de Common Sense Media, basée sur des entretiens avec 1 314 jeunes âgés de 13 à 17 ans, montre que 24 % d'entre eux ont été représentés dans des deepfakes sexuels sans leur accord. Les jeunes filles sont les principales cibles de ces manipulations. Les conséquences sont graves : anxiété, crises d'angoisse, voire pensées suicidaires. Les adolescents modifient alors leur comportement en ligne, avec 40 % d'entre eux qui passent leur profil sur les réseaux sociaux en mode privé et limitent leurs partages, voire suppriment leurs comptes. Ces changements reflètent un sentiment de perte de contrôle et une méfiance accrue envers leurs pairs. Supreet Mann, coauteur de l'étude, souligne que les jeunes perçoivent ces contenus comme une menace directe à leur autonomie et à leur vie privée.
L'étude révèle que 8 % des adolescents interrogés ont déjà créé eux-mêmes des deepfakes à caractère sexuel. Ces créations concernent souvent des personnes qu'ils connaissent, comme des amis ou des camarades de classe. La facilité d'accès à ces contenus est alarmante : des applications de nudification (outils permettant de générer des images dénudées à partir de photos existantes) sont disponibles en quelques clics sur les smartphones. Ces applications, comme celles citées dans l'article, exploitent des technologies d'IA pour transformer des images de manière réaliste et sans consentement. En Louisiane, une jeune fille de 13 ans a été expulsée de son école après avoir dénoncé la diffusion de deepfakes la représentant, elle et ses amies, par un camarade. Malgré sa plainte, l'établissement n'a pas sanctionné le responsable, illustrant les lacunes des systèmes de protection actuels.
Face à cette situation, les adolescents expriment un besoin de soutien. Selon l'étude, 20 % des jeunes souhaitent en parler avec un adulte de confiance, tandis que 10 % préfèrent discuter avec un chatbot (un agent conversationnel basé sur l'IA). Cependant, les adultes, notamment les parents, sont souvent perçus comme déconnectés des réalités technologiques. Une adolescente de 17 ans cité dans l'article explique que les adultes « ne comprennent pas à quel point l'IA est avancée et puissante ». Les écoles, les parents et les entreprises de technologie sont pointés du doigt pour leur manque d'action. Supreet Mann insiste sur l'importance d'aborder ces sujets avec les jeunes, sans attendre, pour éviter qu'ils ne se tournent vers des solutions inadaptées comme les chatbots ou ne renoncent à en parler. La ville de San Francisco a demandé aux géants technologiques, comme Apple et Google, de supprimer les applications de nudification de leurs plateformes, une première mesure concrète pour limiter la création de ces contenus.
La lutte contre les *deepfakes* sexuels repose sur plusieurs acteurs. Les parents et les écoles sont encouragés à engager des discussions avec les adolescents pour les sensibiliser aux risques et aux bonnes pratiques en ligne. Les entreprises de technologie, comme Apple et Google, sont appelées à agir en supprimant les applications facilitant la création de ces contenus. Une telle mesure a déjà été demandée par la ville de San Francisco le 16 juillet 2026. Cependant, les actions restent limitées et les adolescents continuent de subir les conséquences de ces manipulations. L'étude souligne que la responsabilité de faire face à ce phénomène ne peut reposer uniquement sur les épaules des jeunes. Une approche collective, impliquant les institutions, les entreprises et les familles, est nécessaire pour protéger les adolescents et limiter la prolifération de ces contenus.

