Chine : des archéologues retrouvent les vestiges intacts d'un rituel agricole vieux de 2 200 ans
Chaque printemps, la Chine déguste de petits paquets de riz gluant, hérités d'une coutume millénaire. Une légende en attribue l'origine à un poète noyé pour échapper au déshonneur.
Des archéologues chinois ont découvert des vestiges intacts d’un rituel agricole datant de 2 200 ans, dans la province du Hunan. Ce rituel, lié à une coutume encore vivante aujourd’hui, consistait à préparer des petits paquets de riz gluant enveloppés dans des feuilles, appelés zongzi. Ces offrandes étaient probablement destinées à honorer les esprits des récoltes ou à marquer le début des semailles au printemps. Les vestiges, retrouvés dans un état de conservation remarquable, incluent des outils en bois, des récipients en céramique et des traces de riz carbonisé. Cette découverte éclaire une pratique culturelle ancienne, dont les origines pourraient remonter à la dynastie des Han (206 av. J.-C. – 220 ap. J.-C.), une période charnière dans l’histoire chinoise.
Une légende populaire attribue l’origine des zongzi à un poète de la période des Royaumes combattants (475–221 av. J.-C.), nommé Qu Yuan. Selon le récit, ce poète, accusé à tort de trahison par le roi de Chu, se serait jeté dans la rivière Miluo pour protester contre la corruption. Les habitants, voulant empêcher les poissons de dévorer son corps, auraient lancé des paquets de riz dans l’eau pour les attirer. Cette histoire, transmise oralement pendant plus de deux millénaires, a donné naissance à une tradition culinaire annuelle : la fête des zongzi, célébrée le cinquième jour du cinquième mois lunaire. Les vestiges archéologiques pourraient confirmer l’ancienneté de cette pratique, bien au-delà de la légende.
Les fouilles, menées dans un site funéraire de la dynastie Han dans le comté de Changsha (Hunan), ont révélé des vestiges exceptionnellement bien préservés. Parmi les artefacts découverts figurent des moules en bois utilisés pour façonner les zongzi, des offrandes alimentaires et des inscriptions sur des tablettes de bambou évoquant des rituels agricoles. Les datations au carbone 14 confirment que ces objets datent bien du IIe ou Ier siècle av. J.-C. Cette découverte est d’autant plus remarquable que les conditions humides de la région préservent rarement les matières organiques comme le riz ou le bois. Les archéologues estiment que ces vestiges pourraient appartenir à une élite locale, peut-être liée à l’administration impériale de l’époque.
Les *zongzi* restent aujourd’hui un symbole fort de la culture chinoise, consommé lors de la fête des Bateaux-Dragons, une célébration annuelle majeure. Ces paquets de riz gluant, souvent fourrés de viande, de haricots ou de fruits secs, sont cuits à la vapeur ou bouillis et enveloppés dans des feuilles de bambou ou de lotus. Leur préparation, transmise de génération en génération, varie selon les régions : sucrés dans le sud, salés dans le nord. La découverte archéologique renforce l’idée que cette tradition culinaire s’enracine dans des pratiques rituelles anciennes, bien plus anciennes que la légende de Qu Yuan. Elle offre ainsi un éclairage nouveau sur l’évolution des coutumes alimentaires et religieuses en Chine ancienne.

