25 ans après le 11 septembre 2001, une part d’islamophobie persiste à New York
Il s'agit pourtant d'une ville cosmopolite, qui a même élu un maire musulman..
En 2010, Rana Abdelhamid, une jeune femme musulmane de 16 ans, a été victime d'une agression islamophobe à Queens, un arrondissement de New York. Un homme a tenté de lui arracher son hijab (foulard couvrant les cheveux, porté par certaines femmes musulmanes par conviction religieuse ou culturelle) en lui lançant un regard haineux. Terrifiée, elle a réussi à se défendre avant de s'enfuir et de s'isoler pour pleurer. Cet incident, survenu près de 10 ans après les attentats du 11 septembre 2001, illustre la persistance de l'islamophobie dans la société new-yorkaise. Rana, aujourd'hui âgée de 30 ans, est devenue fondatrice de l'association Malikah (mot arabe signifiant reine), qui propose des ateliers d'autodéfense et d'échange pour les femmes musulmanes à New York. Son histoire montre comment les violences et discriminations liées à l'islam peuvent marquer durablement les individus.
Entre janvier et juin 2026, les crimes haineux à New York ont augmenté de 8,7 % par rapport à la même période en 2025, selon la police locale. Plus de la moitié de ces actes visaient la communauté juive, mais les musulmans étaient également ciblés. Les tensions internationales, comme les guerres en Iran, à Gaza ou au Liban, influencent directement ces dynamiques sociales aux États-Unis. Azzedine Layachi, professeur de sciences politiques à l'Université St. John's, souligne que les conflits à l'étranger ont toujours des répercussions locales, notamment sur les minorités religieuses. Par exemple, le Muslim ban (interdiction d'entrée aux États-Unis pour les ressortissants de plusieurs pays à majorité musulmane) instauré en 2017 par le président Donald Trump a marqué un tournant dans la légitimation des discours anti-musulmans. En 2025, 8 600 incidents islamophobes ont été recensés aux États-Unis, un record en 30 ans.
Les discours politiques, notamment ceux de figures de haut niveau, jouent un rôle clé dans la propagation de l'islamophobie. Azzedine Layachi explique que lorsque des responsables comme le sénateur Ted Cruz qualifient des personnalités musulmanes de djihadistes (terme souvent associé au terrorisme islamiste, bien que son sens religieux soit différent), cela encourage des actes de haine. En 2025, le maire de New York, Zohran Mamdani (premier maire musulman de la ville), a été la cible de telles attaques. Afaf Nasher, avocate et directrice du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), rapporte avoir été insultée en public dès 2001, avec des propos comme On va tous les tuer, tenus par un père devant son enfant. Ces exemples montrent comment les mots des dirigeants peuvent normaliser la haine et influencer les comportements.
Le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) est une organisation de défense des droits civiques qui recense les incidents islamophobes aux États-Unis. En 2025, il a dénombré plus de 8 600 cas, un chiffre record depuis 30 ans. Cependant, Afaf Nasher, directrice du bureau new-yorkais du CAIR, estime que ces chiffres sont en réalité bien plus élevés, car la majorité des victimes ne signalent pas les agressions. Les raisons sont multiples : méconnaissance des droits, peur des représailles, ou sentiment que les démarches seront inefficaces. Par exemple, la police de New York a recensé 26 incidents visant des musulmans au premier semestre 2026, soit une hausse de 60 % par rapport à 2025, mais ce nombre reste probablement sous-estimé.
L'élection de Zohran Mamdani comme maire de New York en 2025 a marqué un tournant symbolique pour la communauté musulmane, qui représente une petite fraction de l'électorat. Son arrivée a apporté une visibilité inédite, mais a aussi suscité des réactions négatives. Certains médias et responsables politiques, comme le sénateur Ted Cruz, l'ont accusé d'avoir des liens avec des groupes terroristes, sans preuve. Azzedine Layachi souligne que ces attaques, venues de l'élite politique, légitiment les discours de haine dans la société. Malgré cela, Mamdani s'efforce de rassembler en affichant son soutien aux leaders religieux de toutes confessions et en promouvant des politiques sociales comme l'accès au logement.
Les expériences des musulmans à New York varient considérablement. Driss Lazhar, propriétaire d'un restaurant marocain depuis 42 ans, affirme n'avoir jamais été insulté dans son quartier d'Astoria, surnommé Little Egypt en raison de sa forte communauté arabo-musulmane. Il souligne que les musulmans contribuent activement à l'économie locale en payant des impôts et en créant des emplois. Cependant, il reconnaît avoir entendu des propos comme Retourne dans ton pays lors de prières en public, bien que d'autres Américains soient intervenus pour le protéger. Ce contraste entre des actes isolés et une intégration globale montre la complexité des relations intercommunautaires à New York.
Les attentats du 11 septembre 2001 restent un événement fondateur dans la montée de l'islamophobie aux États-Unis. Dans les semaines qui ont suivi, le FBI a mené des enquêtes massives dans les quartiers musulmans, comme celui d'Astoria, suspectant à tort des liens avec le terrorisme. Driss Lazhar raconte que ces contrôles, bien que coûteux et infructueux, n'ont pas empêché les musulmans de s'intégrer. George W. Bush, alors président, avait tenté de calmer les tensions en se rendant dans une mosquée six jours après les attentats pour rappeler que l'islam est une religion de paix. Pourtant, 25 ans plus tard, les discriminations persistent, portées par des amalgames entre islam et terrorisme, et alimentées par des crises internationales récurrentes.

