Amazon a un problème avec ses satellites : c’est d’avoir assez de fusées pour les envoyer là-haut
Amazon a construit son 1 000e satellite Leo, et son usine de Kirkland en produit désormais 27 par semaine. Seuls 396 sont en orbite, faute de fusées pour les lancer..
Amazon Leo, la branche dédiée aux satellites d’Amazon, prévoit de lancer commercialement son service d’accès à Internet par satellite d’ici la fin de l’année 2024. Ce projet, anciennement appelé Kuiper, vise à concurrencer directement le réseau Starlink de SpaceX, qui compte déjà plus de 11 000 satellites en orbite. Pour fonctionner, Amazon a construit un millier de satellites dans son usine de Kirkland, mais seulement 396 d’entre eux sont actuellement en orbite. Le principal obstacle à leur déploiement reste la rareté des vols de lancement disponibles, car les fusées capables d’emporter ces satellites sont en nombre limité. Amazon a donc signé des contrats avec plusieurs entreprises de lancement, dont United Launch Alliance (ULA), Blue Origin, Arianespace et même SpaceX, pour accélérer la mise en orbite de sa constellation.
Amazon fabrique ses satellites à un rythme soutenu : 27 unités sortent de son usine chaque semaine, et le cap des 1 000 satellites construits a été franchi. Cependant, le déploiement en orbite est bien plus lent. Début juillet 2024, seuls 396 satellites étaient en place, alors que la société en avait déjà produit 1 000. Ce décalage s’explique par la pénurie de fusées disponibles pour les lancer. Pour contourner ce problème, Amazon a réservé quinze lancements entre 2023 et 2026, en utilisant des fusées comme Vulcan (ULA) et Ariane 6 (Arianespace). Malgré ces efforts, le rythme actuel ne permet pas de respecter les exigences du régulateur américain, la FCC, qui impose des délais stricts pour le déploiement.
La FCC (Federal Communications Commission), l’autorité américaine de régulation des télécoms, avait initialement imposé à Amazon d’avoir 1 616 satellites en orbite avant le 30 juillet 2024, soit la moitié de sa première constellation de 3 232 satellites. Cette obligation a été assouplie le 5 juin 2024, mais avec une contrepartie : les satellites lancés après cette date perdent temporairement leur priorité sur les fréquences en cas de brouillage avec d’autres réseaux. Cette pénalité dure jusqu’au 30 mars 2028 ou jusqu’à ce que 50 % de la constellation soit opérationnelle. Amazon peut réduire cette durée à 15 mois s’il prouve avoir construit la moitié de ses satellites et réservé les fusées nécessaires. Actuellement, il lui manque encore 616 satellites pour atteindre cet objectif.
Amazon met en avant des performances techniques supérieures à celles de son concurrent Starlink. Son antenne haut de gamme, Leo Ultra, promet des débits de 1 gigabit par seconde en téléchargement et 400 mégabits par seconde en envoi, soit trois fois plus rapide que Starlink en téléchargement et 8 à 10 fois en envoi. Cependant, ces débits ne concernent que les entreprises, car les modèles grand public, Leo Pro et Leo Nano, offrent respectivement 400 et 100 mégabits par seconde en téléchargement. Malgré ces différences, Amazon souligne que ses offres restent très compétitives, notamment dans les zones mal desservies comme les zones rurales ou les zones blanches. L’entreprise mise aussi sur son écosystème (abonnements Prime, routeurs eero, produits Fire TV ou caméras Ring) pour séduire les particuliers.
Le marché de l’Internet par satellite est en pleine expansion, avec des acteurs comme *Starlink* (SpaceX) et *OneWeb* déjà bien implantés. Amazon Leo, avec son approche axée sur des débits élevés et une intégration dans l’écosystème Amazon, cherche à se différencier. L’entreprise a déjà obtenu en 2025 l’autorisation d’utiliser les fréquences nécessaires en France. Rajeev Badyal, le responsable d’Amazon Leo et ancien employé de Starlink, a indiqué qu’une deuxième génération de satellites est déjà en développement. Le succès du projet dépendra de l’adoption par les utilisateurs et de la capacité d’Amazon à surmonter les défis logistiques liés aux lancements.

