Un rapport albertain estime le coût de la séparation jusqu’à 170 milliards sur 5 ans
Les Albertains sont appelés aux urnes le mois prochain..
Un rapport commandé par le gouvernement de l'Alberta, publié le 30 août 2026, évalue le coût d'une éventuelle séparation de la province du reste du Canada. Réalisé par l'École de politique publique de l'Université de Calgary, ce document estime que les dépenses pourraient atteindre 170 milliards de dollars sur cinq ans, avec un minimum de 50 milliards de dollars pour les premières années. Ce montant inclut notamment l'acquisition des infrastructures actuellement gérées par Ottawa, le recrutement de 70 000 fonctionnaires, ainsi que la part de l'Alberta dans la dette fédérale. Le rapport souligne que ces coûts pourraient varier en fonction de nombreux facteurs incontrôlables, rendant toute prédiction incertaine. Il précise que cette séparation impliquerait bien plus qu'un simple changement de frontières, affectant profondément les services publics, le commerce, la fiscalité et la législation.
Le rapport examine deux scénarios principaux pour l'Alberta en cas de séparation. Le premier, optimiste, suppose une transition sans heurts avec peu d'obstacles de la part d'Ottawa ou des partenaires commerciaux. Dans ce cas, l'Alberta pourrait connaître une croissance du produit intérieur brut (PIB) supérieur de 3,4 % à long terme par rapport à son maintien dans le Canada, des excédents budgétaires, des baisses d'impôts, ainsi qu'une hausse de l'emploi et des salaires. Le rapport mentionne aussi des opportunités comme la suppression de la législation fédérale sur le climat, qui limite l'exploitation des sables bitumineux, et la Loi canadienne sur la santé, qui interdit les options privées en soins de santé. Le second scénario, pessimiste, envisage des négociations difficiles avec des barrières commerciales et une reconnaissance internationale incertaine. Dans ce cas, le PIB de l'Alberta pourrait chuter de 16,2 %, avec des déficits publics, une hausse des impôts et une baisse de l'emploi.
Le gouvernement albertain, dirigé par la première ministre Danielle Smith, a commandé ce rapport en juin 2026 pour éclairer les Albertains avant le référendum prévu le 19 octobre 2026. Ce vote permettra de déterminer si la province souhaite rester au sein du Canada ou organiser un vote contraignant sur sa séparation. Le ministre des Finances, Jason Nixon, a affirmé que les coûts et les aspects logistiques de la séparation restaient prohibitifs, justifiant ainsi la position du gouvernement en faveur du maintien dans la fédération. Smith avait précédemment estimé le coût de la séparation à 400 milliards de dollars, un montant bien plus élevé que celui du rapport. Le gouvernement a alloué un budget de 1,5 million de dollars pour la réalisation de cette étude, composée d'une vue d'ensemble et de quatre rapports techniques.
Le rapport a suscité des réactions contrastées. Jeff Rath, avocat et figure du mouvement séparatiste albertain, l'a qualifié de « véritable farce » et a contesté plusieurs hypothèses, notamment l'idée que l'Alberta devrait assumer une partie de la dette fédérale. Il a également exprimé sa conviction que les États-Unis deviendraient rapidement un partenaire commercial majeur pour une Alberta indépendante. Rath a critiqué le rapport pour son prétendu manque d'objectivité, le qualifiant de perte de temps. Les sondages indiquent qu'une large majorité d'Albertains souhaite rester au sein du Canada. Certains détracteurs de Smith estiment qu'elle organise ce référendum pour satisfaire les séparatistes de son Parti conservateur uni, plutôt que pour répondre à un véritable désir d'indépendance.
Le référendum albertain s'inscrit dans un contexte de tensions prolongées entre la province et le gouvernement fédéral. Smith affirme que des années d'ingérence d'Ottawa ont paralysé l'économie albertaine, alimentant un ressentiment croissant parmi les habitants. Le mouvement séparatiste, bien que minoritaire, gagne en visibilité, poussant le gouvernement à organiser ce scrutin. Les opposants à Smith lui reprochent de jouer un double jeu en attisant les divisions tout en défendant l'unité nationale. Le débat porte notamment sur des questions économiques, comme l'exploitation des **sables bitumineux**, et sur des enjeux symboliques, comme la souveraineté provinciale face à Ottawa.

