« Projet Pegasus » : cinq ans après les révélations sur un système mondial d’espionnage de téléphones, l’enquête judiciaire se poursuit
Deux anciens responsables de l’entreprise israélienne NSO Group, qui a développé le logiciel espion, sont placés sous le statut de témoins assistés. Mais alors que l’Elysée promettait, en 2021, de faire « toute la lumière » sur l’espionnage de six ministres français, un rapprochement diplomatique a été opéré avec le Maroc, pourtant accusé d’en être le commanditaire..
Le Projet Pegasus désigne un système d'espionnage numérique développé par l'entreprise israélienne NSO Group. Ce logiciel, vendu à des États et services de renseignement, permet d'infecter des téléphones portables à distance pour en extraire des messages, écouter des conversations ou localiser leur propriétaire. Contrairement à un virus classique, Pegasus exploite des failles dans les systèmes d'exploitation (comme iOS ou Android) pour s'installer sans que l'utilisateur n'ait besoin de cliquer sur un lien. Une fois installé, il devient presque indétectable et peut contourner les protections de sécurité. Ce logiciel est au cœur d'une polémique internationale depuis 2021, date à laquelle un consortium de médias, dont Le Monde et Radio France, a révélé son utilisation massive par plusieurs gouvernements pour surveiller des opposants, journalistes ou responsables politiques.
En 2021, les révélations du Projet Pegasus ont mis en lumière l'utilisation de ce logiciel par des services de renseignement étrangers contre des cibles françaises. Parmi les victimes figuraient des journalistes de Mediapart et France 24, ainsi que six ministres ou anciens ministres français. Ces derniers incluent Sébastien Lecornu (alors ministre des Armées), Florence Parly, Jacqueline Gourault, Julien Denormandie, Emmanuelle Wargon et François de Rugy. Les analyses techniques, réalisées par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), ont confirmé que leurs téléphones portaient des traces de compromission, preuve qu'ils avaient été infectés. L'ANSSI est l'organisme public français chargé de protéger les systèmes d'information sensibles de l'État contre les cyberattaques.
Sébastien Lecornu, actuel Premier ministre français et alors ministre des Armées, a été ciblé à deux reprises par Pegasus. Les investigations de l'ANSSI ont confirmé cette compromission, faisant de lui l'une des victimes les plus médiatisées du logiciel espion. Cette révélation a suscité une vive émotion en France, car elle illustre l'ampleur de l'espionnage numérique et la vulnérabilité des responsables politiques face à des outils conçus pour contourner les sécurités. Le Maroc est pointé du doigt comme l'un des États ayant utilisé Pegasus contre des cibles françaises, bien que Rabat n'ait jamais officiellement reconnu ces accusations. Cette affaire a relancé les tensions diplomatiques entre la France et le Maroc, notamment lors d'une rencontre de haut niveau prévue le 16 juillet 2026 à Rabat.
La détection des infections par Pegasus repose sur des méthodes techniques sophistiquées, comme celles développées par le Security Lab d’Amnesty International. Ces techniques permettent d'identifier des traces spécifiques laissées par le logiciel sur les appareils, même après sa suppression. L'efficacité de ces méthodes a été validée par les analyses de l'ANSSI, qui a confirmé les compromissions des téléphones des ministres et journalistes. Ces outils de détection sont essentiels pour lutter contre l'espionnage numérique, car Pegasus est conçu pour rester invisible une fois installé. Leur utilisation a permis de confirmer l'étendue des attaques et d'alimenter les enquêtes judiciaires en cours depuis 2021.
Depuis les révélations de 2021, une enquête judiciaire est ouverte en France pour faire la lumière sur l'utilisation de *Pegasus* par des services étrangers. Cette enquête vise à identifier les responsables de ces attaques, leurs commanditaires et les éventuels complices en France. Bien que les résultats partiels aient confirmé des compromissions, l'enquête se poursuit pour déterminer l'ampleur exacte des opérations et les motivations derrière ces espionnages. Le Maroc reste un sujet sensible dans cette affaire, notamment en raison des tensions diplomatiques qu'elle suscite. La rencontre prévue entre Sébastien Lecornu et son homologue marocain Aziz Akhannouch le 16 juillet 2026 pourrait être l'occasion d'aborder ce sujet, même si les deux pays ont tout intérêt à éviter les tensions publiques.

