Élections au Québec : l’équilibre budgétaire au cœur du débat de Zone économie
Les représentants des cinq principaux partis ont débattu d'économie sur les ondes d'ICI RDI..
Avant les élections de 2026 au Québec, le prochain gouvernement devra relever un défi majeur : atteindre l’équilibre budgétaire d’ici 2029-2030. Selon la vérificatrice générale du Québec, il manque actuellement 5 milliards de dollars pour y parvenir. L’équilibre budgétaire signifie que les revenus de l’État égalent ses dépenses, sans déficit. Pour y arriver, le gouvernement peut soit augmenter ses revenus (par exemple en taxant davantage), soit réduire ses dépenses. Actuellement, la croissance des dépenses publiques est déjà ralentie à seulement 1,2 % en 2028-2029, ce qui évoque une forme d’austérité budgétaire (réduction des dépenses publiques pour limiter le déficit). Cependant, cette stratégie est rendue plus complexe par une faible croissance économique prévue à 0,7 % en 2026, ainsi que par des tensions commerciales qui pourraient réduire les revenus des entreprises, et donc ceux de l’État.
Lors d’un débat organisé par Zone économie (RDI), cinq représentants des principaux partis politiques québécois ont discuté des moyens pour atteindre l’équilibre budgétaire. Aucun n’a explicitement évoqué le terme austérité, bien que leurs propositions impliquent des réductions de dépenses. Le Parti québécois (PQ), représenté par Alain Therrien, propose un cadre financier très rigoureux avec une hausse des dépenses limitée à 2,5 % en 2027-2028, puis à 1 % ensuite. Le Parti conservateur du Québec (PCQ), avec Adrien Pouliot, suggère une réduction de 1 % des dépenses en ciblant les programmes et en limitant les embauches (attrition). Le Parti libéral du Québec (PLQ), mené par Michel Leblanc, rappelle que la rigueur passée (sous Philippe Couillard) avait consisté à limiter la croissance des dépenses à l’inflation (environ 1 %), sans coupes massives. La Coalition avenir Québec (CAQ), avec Eric Girard, défend sa gestion en soulignant les coûts de la pandémie (26 milliards de dollars) et mise sur des transferts fédéraux pour financer ses promesses.
Les partis divergent aussi sur la manière d’augmenter les revenus de l’État. Québec solidaire (QS), représenté par Gabriel Laurence-Brook, propose de taxer davantage les ultrariches pour financer des services publics sans réduire les dépenses. Adrien Pouliot (PCQ) critique cette approche, accusant QS de détourner 13 milliards de dollars du Fonds des générations (un fonds dédié à l’avenir économique du Québec) pour financer ses promesses. Le PQ, lui, s’appuie strictement sur les projections de la vérificatrice générale sans compter sur des transferts fédéraux supplémentaires. Le PLQ met en avant un surplus de 5 milliards de dollars laissé par le gouvernement Couillard en 2018, tandis que la CAQ insiste sur sa capacité à obtenir des fonds d’Ottawa grâce à de bonnes relations fédérales.
Le débat révèle des tensions entre les partis sur la gestion des finances publiques. Eric Girard (CAQ) a vivement défendu sa gestion, soulignant que la pandémie a coûté 26 milliards de dollars et que les autres partis ne proposaient pas de solutions claires pour combler ce trou. Alain Therrien (PQ) a été critiqué par le PCQ pour des *artifices comptables*, notamment l’inclusion de 4,4 milliards de dollars de transferts fédéraux non confirmés. Gabriel Laurence-Brook (QS) a dénoncé les propositions d’austérité des autres partis, affirmant que Québec solidaire privilégie l’investissement dans les services publics plutôt que les coupes. Le débat illustre ainsi un clivage entre ceux qui misent sur la rigueur et ceux qui prônent une fiscalité plus progressive pour financer les dépenses sociales.

