Déclarations d’amour au slam
Le Grand Slam international de Montréal, fondé par Ivy, est l’occasion de célébrer 20 ans de combats de poésie..
Le slam, forme de poésie orale, est né à Montréal il y a vingt ans, en 2006, grâce à l’artiste IVY. Ce dernier a lancé la première soirée de slam dans la ville après en avoir découvert le principe à Ottawa. L’objectif était de rendre la poésie accessible à un large public, en brisant les barrières traditionnelles. IVY décrit le slam comme une utopie où chacun travaille sa parole pour créer une communion entre les participants. Contrairement à la poésie écrite, le slam mise sur l’oralité et l’intensité de la performance, pouvant provoquer des frissons ou une stimulation émotionnelle chez l’auditeur. Depuis, le mouvement s’est développé avec des événements réguliers, comme le Grand Slam international de Montréal (GSIMtl), qui se déroule jusqu’au 6 décembre et rassemble slameurs expérimentés et débutants.
Le slam est un micro ouvert de poésie avec des règles précises : chaque participant dispose de trois minutes pour déclamer un texte, sans accessoires ni décor. Un jury de cinq spectateurs note les performances et désigne un gagnant. IVY souligne que la réussite d’un slam repose à 75 % sur la performance orale, car le texte est écrit pour être entendu et ressenti. Cette discipline a été inventée dans les années 1980 par le poète américain Marc Kelly Smith à Chicago, avant de se répandre mondialement, notamment via des ligues de slam. Au Québec, le slam a d’abord été porté par des artistes comme des poètes, conteurs, performeurs ou rappeurs. Cependant, le terme slam est parfois utilisé de manière large dans la francophonie, notamment pour désigner la poésie parlée, même en dehors d’un cadre compétitif ou collectif, ce qui peut prêter à confusion.
Deux participantes, Alexandra Deschênes et Giselle Martino, partagent leur expérience du slam. Alexandra, qui écrivait déjà des textes, explique avoir voulu sortir de l’isolement en les déclamant à voix haute, transformant ses états d’âme en une expérience collective. Giselle, étudiante en écriture de scénarios, a découvert le slam lors d’un spectacle et a été séduite par l’inclusivité et la résonance des mots, qui créent un lien entre les participants. Les soirées de slam, comme celles organisées au bar Le Verre Bouteille, attirent un public varié et restent populaires malgré une méconnaissance persistante de cette discipline. IVY, organisateur du GSIMtl, note que l’un des défis est de constamment expliquer ce qu’est le slam, même après vingt ans d’existence.
Le slam a connu un succès international, avec des Québécois remportant la Coupe du monde de slam à trois reprises : David Goudreault en 2011, Simon Landry en 2013 et Amélie Prévost en 2016. Cette dernière raconte avoir été bouleversée par sa découverte du slam en 2008 ou 2009, notamment grâce à des artistes comme Queen Ka, Catherine Dorion ou Carl Bessette, qui ont marqué la poésie québécoise. Cependant, gagner sa vie avec le slam reste difficile, car cette discipline n’est généralement pas rémunérée, sauf pour certains événements exceptionnels. Malgré cela, le slam continue d’attirer des participants de tous âges, allant de 7 à 77 ans, et se renouvelle constamment avec l’arrivée de nouveaux talents issus de milieux divers, comme le théâtre ou l’humour.
Pour former la relève, des artistes comme Élémo organisent plus de cent ateliers de slam par an, principalement dans les écoles. Il explique que les jeunes ont souvent une vision réductrice du slam, le confondant avec un *rap lent* ou une forme unique de poésie. Son rôle est de leur montrer la diversité de cette discipline, qui peut être accessible et *cool* pour les adolescents. Les enseignants reconnaissent que le slam permet d’aborder la poésie de manière plus moderne et engageante. IVY, quant à lui, poursuit son engagement en organisant des événements et en promouvant le slam, convaincu que cette pratique a encore un bel avenir devant elle.

