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Géopolitique

Législatives en Russie : est-ce encore utile de voter sous Poutine ?

Courrier International · mis à jour il y a 2 j

Du 18 au 20 septembre, les Russes élisent les 450 membres de la Douma, chambre basse du Parlement, lors des premières législatives organisées depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. Dans un système politique très encadré, le scrutin doit aussi donner des indications sur l’état de l’opinion après presque cinq ans de guerre..

Faible mobilisation électorale

À l'approche des législatives russes de 2026, l'enthousiasme électoral reste très faible. Selon un sondage du Centre Levada, mené en mai auprès de 1 608 personnes, 66 % des Russes interrogés ignoraient même la date du scrutin. Parmi ceux qui ne comptaient pas voter, 41 % estimaient que leur participation « ne changerait rien ». Un autre sondage, réalisé le 12 septembre par le VTsIOM (centre public russe d'étude de l'opinion) auprès de 1 600 personnes, révélait que près de 70 % des Russes n'avaient lu aucun programme électoral. Cette désaffection s'explique en partie par un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les difficultés économiques et une défiance croissante envers le pouvoir. Les autorités tentent pourtant de motiver les électeurs avec des slogans comme « Votre vote fait la force de la Russie », mais l'impact semble limité.

Système électoral mixte

Les 450 députés de la Douma, chambre basse du Parlement russe, sont élus selon un système mixte. La moitié des sièges (225) est attribuée dans des circonscriptions locales où un seul candidat l'emporte, tandis que l'autre moitié est répartie entre les partis ayant obtenu plus de 5 % des voix au niveau national. Chaque électeur dispose donc de deux bulletins : un pour un candidat local et un pour un parti. Dix partis participent aux listes nationales, mais le parti au pouvoir, Russie unie, domine depuis 2003. Les autres formations représentées, comme le Parti communiste ou le Parti libéral-démocrate, soutiennent généralement la politique du Kremlin. Seul le parti Iabloko, qui s'oppose ouvertement à la guerre, a été exclu des listes nationales par la Cour suprême, bien que 103 de ses candidats aient pu se maintenir dans des circonscriptions locales.

Contexte électoral particulier

Ce scrutin présente plusieurs particularités. D'abord, les militaires déployés sur le front ont pu voter de manière anticipée du 30 août au 17 septembre, avec 186 participants ou vétérans du conflit enregistrés comme candidats. Ensuite, pour la première fois, le vote est organisé dans les territoires ukrainiens occupés et annexés par la Russie, ainsi que dans plusieurs régions frontalières. Ces zones représentent environ 16 % du corps électoral. Des experts craignent que cette extension du vote facilite les manipulations et permette de « disséminer » le mécontentement dans des régions éloignées de Moscou. Par ailleurs, des milliers de mandats locaux sont également renouvelés dans les régions et municipalités russes.

Rôle des élections malgré tout

Malgré l'absence de suspense sur l'issue du scrutin, les élections législatives conservent une importance stratégique pour le régime de Vladimir Poutine. La nouvelle Douma, élue pour cinq ans, siégera jusqu'à la présidentielle de 2030, où Poutine pourrait se représenter pour un sixième mandat. Les élections servent ainsi de « structure porteuse » au système politique russe, permettant au Kremlin de mesurer sa popularité et l'ampleur du mécontentement. Natalya Kovaleva, chercheuse au groupe de réflexion britannique Chatham House, souligne que ces élections permettent au pouvoir de « légitimer formellement le régime et la guerre ». Les résultats offrent également un indicateur des ajustements politiques nécessaires, comparés à un « indicateur d'usure des pneus » par le média Novaïa Gazeta Europe.

Ce que ça pourrait changer

Le scrutin se déroule dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, des difficultés économiques et des pénuries de carburant. Les craintes d'une nouvelle vague de mobilisation générale, bien qu'annoncée pour l'instant, restent vives. Des responsables politiques et experts interrogés par le média indépendant *Verstka* redoutent un durcissement du régime à l'automne, incluant une hausse des impôts, un renforcement de la censure, la saisie des épargnes bancaires ou même l'instauration de la loi martiale. Ces craintes s'appuient sur les tensions actuelles, comme les frappes répétées des drones ukrainiens sur les raffineries russes, qui alimentent un sentiment d'insécurité croissant parmi la population.

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