Fréchette entre l’arbre et l’écorce
La cheffe caquiste n’a pas voulu dire, jeudi, quelle case elle cocherait lors d’un vote sur l’indépendance du Québec..
La première ministre sortante du Québec, Christine Fréchette, a connu une journée compliquée lors de sa campagne électorale le 10 septembre 2026. Après un début prometteur, elle a eu du mal à clarifier sa position sur deux sujets sensibles : le projet de train à grande vitesse (TGV) d'Alto et la question de la souveraineté du Québec. Concernant le TGV, qui est le plus grand projet d'infrastructure en cours au Canada, Fréchette a évité de prendre position, se contentant d'appeler à une meilleure communication entre Alto et Ottawa. Elle a souligné que le tracé du TGV devait respecter les préoccupations du monde agricole, notamment en évitant d'enclaver les exploitations. Cependant, cette prudence lui a valu des critiques, car elle n'a pas su rassurer les agriculteurs, dont la colère s'exprimera lors d'une manifestation prévue le 19 septembre à Rigaud, en Montérégie.
Sur la question de la souveraineté du Québec, Christine Fréchette a adopté une posture encore plus ambiguë. Elle a déclaré que sa position personnelle n'avait «pas d'importance» et qu'il n'était «pas le moment de démarrer» une démarche référendaire. Elle a justifié cette position en évoquant son expérience passée comme directrice adjointe du cabinet de Jean-François Lisée, un ancien ministre souverainiste. Fréchette a expliqué que, dans un gouvernement, l'essentiel des décisions ne devait pas être analysé sous l'angle de la souveraineté, mais plutôt de l'intérêt du Québec. Ces propos ont suscité des réactions vives de la part des souverainistes, dont Lisée lui-même, qui a contesté cette interprétation. Les libéraux et le Parti québécois (PQ) ont également critiqué cette position, la qualifiant d'incohérente pour une dirigeante qui aspire à diriger le Québec.
Lors d'une rencontre avec l'Union des producteurs agricoles (UPA) le 11 septembre 2026, les chefs des cinq principaux partis politiques du Québec ont été invités à s'exprimer. Christine Fréchette, représentante de la Coalition avenir Québec (CAQ), a réitéré ses réserves sur le TGV d'Alto, insistant sur la nécessité de protéger les terres agricoles. Éric Duhaime, chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), a été relativement bien accueilli malgré son soutien à l'industrie du gaz de schiste, car il s'oppose au TGV. Le Parti québécois (PQ) a critiqué le coût élevé du projet, tandis que les libéraux ont défendu l'idée d'un train à grande vitesse comme outil de développement économique, tout en demandant plus de transparence. Québec solidaire a proposé une approche plus équilibrée, combinant protection des terres agricoles et développement des transports en commun.
Le projet de TGV d'Alto suscite de vives inquiétudes dans le milieu agricole québécois, qui craint une «catastrophe» pour les exploitations. Les agriculteurs dénoncent notamment les droits de passage nécessaires pour la construction du tracé, qui pourraient fragmenter leurs terres. Une grande manifestation est prévue le 19 septembre 2026 à Rigaud, en Montérégie, pour exprimer cette colère. Les partis politiques, bien que divisés sur la solution à apporter, reconnaissent tous la légitimité des préoccupations agricoles. Le Québec, avec ses 70 % de terres agricoles, est particulièrement sensible à ce type de projets, qui pourraient avoir un impact durable sur son économie rurale.
Christine Fréchette, première ministre sortante et cheffe de la CAQ, se trouve dans une position délicate. Elle doit concilier les attentes de son parti, les pressions des agriculteurs et les impératifs économiques, tout en évitant de s'aliéner une partie de l'électorat. Son refus de trancher clairement sur le TGV et la souveraineté reflète une stratégie de prudence, mais elle risque de décevoir aussi bien les partisans que les opposants. La CAQ a tenté de clarifier sa position en milieu de journée en diffusant une mise au point de Fréchette, réaffirmant que 70 % des Québécois ne souhaitent pas de démarche référendaire pour l'instant. Cette posture pourrait cependant affaiblir sa crédibilité sur des sujets aussi clivants.

