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Généraliste

Les réseaux sociaux liés à une moins bonne santé mentale chez les ados, selon une étude

ICI Radio-Canada · mis à jour 3 oct.

Les chercheurs ont analysé deux vastes échantillons d’adolescents âgés de 12 à 18 ans..

Étude sur les réseaux sociaux

Une étude récente, menée avec la participation d’une chercheuse québécoise de l’Université Laval (Anne-Marie Turcotte-Tremblay), révèle que le temps passé sur les réseaux sociaux est associé à une augmentation des symptômes d’anxiété, de dépression et d’isolement chez les adolescents canadiens âgés de 12 à 18 ans. Cette étude, basée sur des données observationnelles et non expérimentales, ne permet pas d’établir un lien de causalité direct entre l’utilisation des réseaux sociaux et ces problèmes de santé mentale. Autrement dit, elle montre une corrélation, mais pas une preuve que les réseaux sociaux causent systématiquement ces troubles. Les chercheurs ont analysé deux vastes échantillons : plus de 58 000 adolescents pour l’année scolaire 2021-2022 et près de 45 000 pour 2022-2023, avec un suivi de 27 000 d’entre eux sur deux ans. Les données proviennent de cinq provinces canadiennes (Québec, Colombie-Britannique, Alberta, Ontario et Île-du-Prince-Édouard).

Impact du temps d’écran

Les résultats indiquent qu’une heure supplémentaire d’utilisation quotidienne des réseaux sociaux est liée à un risque accru de 15 % de souffrir d’une dépression modérée à sévère, ainsi qu’à une probabilité accrue de 12 à 13 % de présenter des niveaux d’anxiété similaires. Les adolescents qui passent plus de temps sur ces plateformes ont également une moins bonne régulation émotionnelle, un bien-être général réduit et des relations interpersonnelles moins satisfaisantes. Une analyse sur une année montre que l’augmentation du temps passé sur les réseaux sociaux est prédictive d’une détérioration de la santé mentale chez tous les adolescents, indépendamment de leur genre. Les chercheurs soulignent que cette évolution est un indicateur fort de l’impact négatif potentiel des réseaux sociaux sur le bien-être psychologique des jeunes.

Rôle du genre dans les risques

L’étude révèle que le genre joue un rôle modérateur significatif dans la relation entre le temps passé sur les réseaux sociaux et la santé mentale. Les filles cisgenres (c’est-à-dire dont l’identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance) présentent des associations plus défavorables que les garçons cisgenres ou les adolescents transgenres et de genre divers. Par exemple, les filles sont plus exposées à des contenus liés à l’apparence physique, aux régimes ou à l’anxiété, ce qui peut amplifier leurs vulnérabilités existantes. Les algorithmes des réseaux sociaux, en recommandant davantage de contenu similaire, renforcent ces effets. Les auteurs notent aussi que les filles utilisent généralement les réseaux sociaux de manière plus intensive que les garçons, ce qui peut contribuer à ces différences. Cependant, sur une période d’un an, l’augmentation du temps passé sur les réseaux sociaux affecte négativement la santé mentale de tous les adolescents, sans distinction de genre.

Mécanismes et facteurs aggravants

Les chercheurs expliquent que les réseaux sociaux facilitent les comparaisons sociales constantes, notamment autour de l’apparence physique, de la popularité ou des relations sociales. Ces pressions, particulièrement fortes pour les filles, peuvent exacerber des sentiments d’insuffisance ou d’anxiété. Les algorithmes des plateformes, conçus pour maximiser l’engagement, amplifient souvent ces dynamiques en proposant du contenu personnalisé qui renforce les préoccupations existantes. Par exemple, une adolescente cherchant des informations sur les régimes alimentaires pourrait se voir recommander davantage de contenus similaires, ce qui peut aggraver ses troubles du comportement alimentaire ou son anxiété. Les auteurs soulignent que ces mécanismes ne sont pas neutres et reflètent des inégalités sociales préexistantes, notamment celles liées au genre.

Ce que ça pourrait changer

La professeure Anne-Marie Turcotte-Tremblay, coauteure de l’étude, salue l’interdiction des cellulaires dans les écoles comme une mesure protectrice pour les jeunes, au moins pendant les heures de classe. Elle insiste cependant sur la nécessité d’élargir cette réflexion au temps passé sur les réseaux sociaux en dehors du cadre scolaire. Les conclusions de l’étude, publiées dans le *Journal of Adolescence*, appellent à une prise de conscience collective sur les risques liés à une utilisation intensive des réseaux sociaux, en particulier pour les populations les plus vulnérables. Les auteurs ne proposent pas de solution unique, mais soulignent l’importance d’une approche globale, incluant des mesures éducatives, des politiques publiques et une régulation des algorithmes pour limiter leur impact négatif sur la santé mentale des adolescents.

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