En 1907, l'Australie achevait une clôture de 3 256 km mais les animaux qu'elle devait arrêter étaient déjà passés
Construite entre 1901 et 1907, la clôture anti-lapins d'Australie devait protéger l'ouest du continent. Les lapins avaient franchi la ligne avant la fin du chantier..
En 1907, l’Australie a achevé la construction d’une clôture de 3 256 kilomètres, connue sous le nom de Dingo Fence (littéralement « clôture à dingos »). Cette barrière, construite entre 1880 et 1907, avait pour objectif de protéger les terres agricoles du sud-est du pays des attaques des dingos, des chiens sauvages originaires d’Asie. À l’époque, ces animaux étaient considérés comme une menace majeure pour les troupeaux de moutons, une ressource économique cruciale pour l’Australie. La clôture, composée de fils de fer barbelés et de poteaux en bois, était censée empêcher les dingos de migrer vers les zones d’élevage. Cependant, malgré son achèvement, elle n’a pas atteint son but initial.
L’objectif principal de la Dingo Fence était d’empêcher les dingos de pénétrer dans les régions agricoles du sud-est australien, où ils représentaient une menace pour les moutons. Pourtant, dès avant son achèvement en 1907, les dingos avaient déjà franchi cette barrière ou contourné ses limites. Plusieurs facteurs expliquent cet échec. D’abord, la clôture ne couvrait pas l’intégralité des zones habitées par les dingos, laissant des passages ouverts. Ensuite, ces animaux sont capables de creuser sous les fils de fer ou de sauter par-dessus des sections moins élevées. Enfin, les dingos se déplacent sur de longues distances, parfois bien au-delà des zones protégées par la clôture. Ainsi, même si celle-ci a pu ralentir leur progression, elle n’a pas suffi à les arrêter.
Les dingos sont des chiens sauvages qui ont été introduits en Australie il y a environ 4 000 à 5 000 ans, probablement par des navigateurs austronésiens ou des marchands asiatiques. Contrairement aux chiens domestiques, ils ont développé un comportement de prédateur et se sont adaptés à des milieux variés, des déserts aux forêts. Leur présence en Australie est donc le résultat d’une introduction humaine, bien avant l’arrivée des colons européens. Aujourd’hui, ils sont considérés comme une espèce invasive, car ils menacent la faune locale et les activités agricoles. Leur régime alimentaire inclut des petits marsupiaux, des reptiles et, bien sûr, des moutons, ce qui en fait un problème pour les éleveurs.
L’élevage ovin est une activité économique majeure en Australie depuis le XIXe siècle. En 1907, année de l’achèvement de la Dingo Fence, l’Australie comptait environ 100 millions de moutons, une ressource vitale pour son économie. Les dingos, en s’attaquant aux troupeaux, représentaient une menace directe pour cette industrie. Les pertes financières étaient estimées à plusieurs millions de dollars par an, en raison des moutons tués ou blessés. La construction de la clôture visait donc à protéger un secteur clé de l’économie australienne. Cependant, malgré ses efforts, l’Australie a dû développer d’autres méthodes pour limiter les dégâts, comme des programmes de chasse ou l’utilisation de poisons.
Aujourd’hui, la *Dingo Fence* reste un symbole des tentatives humaines pour contrôler la nature, souvent avec des résultats limités. Bien que la clôture existe toujours, elle est désormais gérée différemment. Les dingos sont désormais considérés comme une partie intégrante de l’écosystème australien, et leur éradication totale est jugée impossible. Les autorités australiennes ont donc adopté une approche plus nuancée, combinant protection des troupeaux et préservation de la biodiversité. La clôture sert toujours de barrière, mais son rôle a évolué : elle délimite désormais des zones où les dingos sont tolérés ou contrôlés, plutôt que d’être une frontière infranchissable.

