Le nouveau ChatGPT pour adolescents ne convainc ni Ottawa ni les experts
OpenAI a lancé mardi une version de ChatGPT réservée aux 13 à 17 ans, avec des garde-fous plus serrés..
OpenAI a lancé le 20 août 2026 une version de son agent conversationnel ChatGPT réservée aux adolescents âgés de 13 à 17 ans. Cette version intègre des garde-fous plus stricts que la version standard, comme le filtrage automatique de contenus sensibles tels que la violence graphique, les défis viraux dangereux ou les jeux de rôle à caractère sexuel. Lorsqu'un jeune utilisateur exprime une détresse, l'IA peut alerter un parent, à condition que la famille ait activé les contrôles parentaux lors de l'inscription. OpenAI précise que ses critères pour signaler un compte aux autorités restent inchangés, une décision au cœur de plusieurs poursuites judiciaires aux États-Unis, notamment celles de familles de Tumbler Ridge, où un drame impliquant une arme à feu a eu lieu en février 2025.
Pour appliquer ces restrictions, OpenAI affirme avoir développé un modèle capable de détecter automatiquement l'âge réel d'un utilisateur, même si celui-ci a menti lors de la création de son compte. Ce système analyse plusieurs signaux, comme les sujets de conversation, le langage utilisé ou les heures de connexion. Par exemple, une utilisation entre 16 h et 20 h pourrait indiquer un élève. Allison Mishkin, responsable du développement de l'enfant chez OpenAI, indique que la fiabilité de ce modèle a été testée en comparant des utilisateurs dont l'âge est vérifié à ceux détectés automatiquement, bien que les chiffres précis ne soient pas communiqués. Simona Gandrabur, responsable du Studio de sécurité en intelligence artificielle à Mila, souligne que la transparence sur cette fiabilité est essentielle pour évaluer l'efficacité des mesures.
Malgré ces avancées, des experts comme Vered Shwartz, professeure adjointe d'informatique à l'Université de la Colombie-Britannique, doutent de l'efficacité des garde-fous. Elle estime que les adolescents, souvent très à l'aise avec la technologie, trouveront des moyens de contourner ces restrictions, notamment en utilisant d'autres agents conversationnels moins régulés. Alan Mackworth, professeur émérite d'informatique, considère que ces mesures sont insuffisantes et que les entreprises comme OpenAI agissent par relations publiques pour limiter les recours judiciaires. Il plaide pour que des normes de sécurité soient établies, publiées et vérifiées par un tiers indépendant, plutôt que laissées à la discrétion des entreprises.
Un autre aspect des garde-fous consiste à empêcher l'IA de se présenter comme humaine ou d'évoquer des sensations physiques, afin que les adolescents comprennent clairement qu'il s'agit d'un agent conversationnel et non d'une personne. Allison Mishkin explique que cette mesure vise à réduire le risque de dépendance émotionnelle, un danger majeur lié à l'utilisation de l'IA par les jeunes. Simona Gandrabur ajoute que l'IA peut aussi favoriser la sycophantie, un phénomène où l'outil confirme systématiquement les émotions et opinions de l'utilisateur, renforçant ainsi ses biais. Les experts soulignent que les entreprises ont un intérêt économique à maximiser l'utilisation de leurs produits, ce qui pourrait nuire à l'application stricte de ces mesures.
Le gouvernement canadien, par la voix du cabinet du ministre responsable de l'IA, Evan Solomon, salue les efforts d'OpenAI mais rappelle que la sécurité des jeunes en ligne ne peut reposer uniquement sur des initiatives volontaires des entreprises. Ottawa a déposé en juin 2026 un projet de loi visant à encadrer les agents conversationnels. La Colombie-Britannique, marquée par la tragédie de Tumbler Ridge, adopte une position plus stricte. Le ministère du Procureur général de cette province estime que l'autoréglementation des entreprises technologiques a échoué et que des expériences ne peuvent plus être menées sur des jeunes esprits vulnérables. Victoria, capitale de la Colombie-Britannique, juge le projet de loi fédéral prometteur mais doute de son efficacité pratique et de sa rapidité de mise en œuvre.
En février 2025, OpenAI avait repéré et banni le compte de l'auteur de la fusillade de Tumbler Ridge, mais n'avait pas alerté la police, estimant que le signalement ne répondait pas à ses critères internes. Les familles des victimes ont depuis engagé des poursuites contre OpenAI et son PDG, Sam Altman, devant un tribunal fédéral de San Francisco. Ces allégations n'ont pas encore été examinées par la justice. Le projet de loi fédéral vise notamment à clarifier les obligations des entreprises en matière de signalement des menaces crédibles, un seuil que la Colombie-Britannique souhaite voir défini au niveau national.

