Toute une vie à chercher
Grande voix anglaise du spoken word, de la scène parlée et chantée, Kae Tempest a écrit un deuxième roman, paru au printemps en anglais, qui arrive très bientôt aux Éditions de l'Olivier. Rothko Taylor sort de prison.
L’article présente un extrait d’un roman de Kae Tempest, artiste britannique connue pour ses performances de spoken word (art oral mêlant parole, rythme et parfois musique) et son premier roman. Ce deuxième roman, intitulé Rothko Taylor, est publié en anglais au printemps 2026 et sera traduit en français aux Éditions de l’Olivier. Kae Tempest y explore des thèmes comme la solitude, le passé et la quête de sens à travers le personnage principal, Rothko Taylor, qui sort de prison après une longue incarcération. Le roman est traduit par Madeleine Nasalik, et l’extrait est publié le 8 août 2026 sur le site AOC.media, un média français axé sur les débats intellectuels et politiques.
Rothko Taylor est le protagoniste du roman. Iel est âgé·e de 36 ans, célibataire, et vit dans une fourgonnette stationnée sur un chantier abandonné. Iel travaille comme employé·e polyvalent dans un hôtel en ruine situé sur le front de mer. Après six mois de liberté, iel tente de reconstruire une vie stable malgré un passé marqué par des difficultés, notamment une incarcération. Le pronom iel est utilisé pour désigner Rothko Taylor, reflétant une identité non binaire ou une préférence pour un langage inclusif. Le personnage incarne une lutte entre le désir de sobriété et de maîtrise de soi, et les tentations d’un environnement chaotique.
Le roman s’ouvre sur une scène où Rothko Taylor, en octobre 2026, grimpe à une échelle pour effectuer une réparation dans une gouttière. Iel est confronté·e à un vent glacial qui rend la tâche difficile, provoquant un torticolis et une sensation de vulnérabilité physique. Ce moment symbolise à la fois la précarité de sa situation (emploi instable, logement précaire) et une forme de renaissance : iel est sobre, libre et en vie après des années de chaos. La gratitude ressentie par Rothko Taylor face à cette sobriété et cette liberté contraste avec l’image d’un monde qui a « passé à autre chose » depuis sa sortie de prison, suggérant un sentiment d’abandon ou de décalage avec la société.
Depuis sa sortie de prison, Rothko Taylor suit une routine stricte, sept jours sur sept, qu’iel considère comme un moyen de retrouver une maîtrise de soi et un potentiel perdu. Cette routine inclut un réveil à 6 heures, une toilette et une habillage à 6 h 40, puis un départ pour le travail. Pour Rothko Taylor, cette discipline représente une tentative de stabiliser une existence marquée par l’instabilité et les « entre-deux » (situations intermédiaires, ni tout à fait stables ni totalement chaotiques). L’hôtel où iel travaille est décrit comme menacé de ruine, ce qui souligne la précarité de son emploi et, par extension, de sa situation globale.
Plusieurs thèmes structurent l’extrait du roman. Le premier est la solitude, illustrée par le retour de Rothko Taylor dans sa ville natale, où iel est confronté·e à des souvenirs et à un environnement qui rappelle son passé. Le second thème est la quête de sens, symbolisée par la routine comme tentative de donner un cadre à une vie désordonnée. Enfin, le roman aborde la notion de liberté, à la fois physique (sortie de prison) et intérieure (sobriété), mais aussi la difficulté de se réinsérer dans un monde qui a évolué sans soi. Ces thèmes sont explorés à travers des détails concrets, comme l’échelle qui tangue ou la présence de Donovan, un personnage secondaire qui cherche à échapper aux éléments.

