En Allemagne, une IA pour empêcher les extrémistes d’intégrer l’armée
Depuis l’été, le service de contre-espionnage militaire allemand utilise un logiciel boosté à l’intelligence artificielle pour analyser le profil en ligne des aspirants militaires, révèle “Der Spiegel”. L’objectif : s’assurer qu’aucun profil jugé “à risque” ne rejoigne les rangs de la Bundeswehr..
Depuis l'été 2026, le service de contre-espionnage militaire allemand (Militärischer Abschirmdienst, MAD) utilise un logiciel d'intelligence artificielle (IA) pour analyser les profils en ligne des candidats à l'armée allemande, la Bundeswehr. L'objectif est d'identifier et d'écarter les profils jugés à risque, notamment ceux liés à l'extrémisme, avant qu'ils ne rejoignent les rangs militaires. Ce dispositif a été mis en place pour renforcer la sécurité interne de l'armée et préserver la démocratie allemande, alors que des cas d'infiltration par des extrémistes, notamment d'extrême droite, ont été documentés ces dernières années. Le MAD est l'équivalent allemand du contre-espionnage militaire, chargé de protéger les institutions militaires contre les menaces internes et externes.
Le logiciel d'IA utilisé par le MAD fonctionne en analysant automatiquement les traces numériques des candidats à la Bundeswehr. Il scrute leurs publications sur les réseaux sociaux, leurs interactions en ligne et d'autres données accessibles publiquement pour détecter des signes d'extrémisme, de radicalisation ou de comportements jugés dangereux pour la cohésion de l'armée. Par exemple, un candidat ayant des liens avec des mouvements paramilitaires d'extrême droite ou des discours haineux pourrait être identifié comme un profil à risque. En juillet 2026, ce système a permis de repérer un jeune homme soupçonné d'appartenir à un mouvement paramilitaire d'extrême droite, qui a ensuite reçu une lettre de refus sans explication détaillée. L'hebdomadaire Der Spiegel souligne que ce cas illustre l'efficacité du dispositif, bien que le MAD reste discret sur les critères exacts utilisés par l'IA pour éviter les biais ou les erreurs.
L'Allemagne a accéléré ses efforts de recrutement pour la Bundeswehr depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, en réponse à l'augmentation des tensions géopolitiques en Europe. Ce contexte a rendu le recrutement plus urgent, mais aussi plus risqué, car les services de sécurité doivent s'assurer que les nouveaux soldats ne présentent pas de menace pour la démocratie ou la sécurité nationale. Le MAD, qui dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur les candidats, a donc développé ce logiciel pour automatiser une partie de ce travail de filtrage. L'utilisation de l'IA dans ce domaine s'inscrit dans une tendance plus large en Europe, où plusieurs pays explorent des outils similaires pour renforcer la sécurité des institutions militaires et policières.
Malgré son efficacité apparente, ce dispositif soulève des questions éthiques et pratiques. D'une part, l'IA peut commettre des erreurs en interprétant mal des données ou en ciblant des profils à tort, ce qui pourrait entraîner des refus injustifiés. D'autre part, le MAD a choisi de ne pas motiver ses décisions de refus, ce qui limite les recours possibles pour les candidats. Enfin, l'utilisation de l'IA pour des tâches aussi sensibles que le filtrage des militaires interroge sur la transparence et la responsabilité des algorithmes. Ces enjeux sont d'autant plus importants que l'Allemagne, comme d'autres démocraties, cherche à concilier sécurité nationale et respect des droits fondamentaux, notamment la liberté d'expression et la protection des données personnelles.

