Canadiens en France : « J’étudie les risques démocratiques, mais je les vis aussi »
Des étudiantes québécoises en échange universitaire en France racontent leur expérience sur place..
Charlotte Bernier, Théa Désilets et Mathilde Vallières sont trois Québécoises venues étudier en France dans le cadre de programmes universitaires ou d’échanges. Charlotte, étudiante en communication et science politique à l’Université de Sherbrooke, effectue un tridiplôme à Aix-en-Provence. Théa, en droit à l’Université de Montréal, est en échange à la Faculté de droit d’Aix-en-Provence. Mathilde, quant à elle, enseigne à la Faculté de lettres et langues de l’Université de Tours. Leur présence en France coïncide avec un mouvement social d’ampleur, marqué par des mobilisations étudiantes et lycéennes contre la vie chère et les politiques publiques, débuté fin septembre 2026.
Les mobilisations étudiantes en France ont pris une forme radicale avec des blocages (occupations pacifiques mais illégales de locaux universitaires) et des affrontements avec les forces de l’ordre. À l’Université Aix-Marseille, un blocus de la Faculté de science politique a été dispersé par des gendarmes mobiles, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes sans sommation. Environ 40 gendarmes étaient présents, et l’administration a finalement fermé les portes de l’établissement. Des scènes similaires se sont produites dans d’autres facultés, comme à Tours, où le campus a été barricadé dès le lendemain d’une manifestation nationale prévue le 29 septembre 2026. Ces événements ont révélé une tension inédite entre étudiants et autorités.
Charlotte et Théa, bien que solidaires des manifestants français, limitent leur engagement en raison de leur statut d’étrangères. Sur un visa étudiant, elles ne peuvent pas risquer une arrestation, qui pourrait entraîner une déportation vers le Canada. Charlotte a quitté un blocus à temps pour éviter les gaz lacrymogènes, tandis que Théa évite les rassemblements de rue par prudence. Elles participent toutefois aux manifestations de manière discrète, en se fondant dans la foule ou en rejoignant des groupes identifiables comme Canadiens. Leur solidarité reste donc mesurée, mais réelle, notamment en soutien aux revendications étudiantes contre le sous-financement des services publics.
Les trois Québécoises décrivent un climat de tension dans les rues françaises, marqué par la présence massive de policiers équipés de fusils d’assaut et par une surveillance accrue. Théa souligne que les manifestations sont majoritairement pacifiques, mais l’intimidation policière est omniprésente. Mathilde, témoin des barricades à Tours, note que le mouvement a dépassé les lycées pour toucher les universités, une évolution qu’elle n’avait pas anticipée. Les administrations universitaires, craignant pour la sécurité des bâtiments, ont fermé plusieurs facultés, perturbant les cours en présentiel. Les cours en ligne permettent à Théa de poursuivre sa session, mais elle craint des boycotts futurs.
Les revendications des étudiants français résonnent avec celles du Québec, où les services publics, notamment l’éducation, sont sous-financés. Théa et Charlotte soulignent que la mobilisation française pourrait inspirer des actions similaires au Québec, où les partis politiques ont promis des coupes dans la fonction publique lors des élections de 2026. La Coalition de résistance pour l’unité étudiante syndicale (CRUES) a déjà appelé à une grève d’une semaine en novembre pour protester contre l’austérité. La Fédération des cégeps recense une trentaine d’étudiants boursiers en France, tandis que l’Université de Montréal compte 108 étudiants en échange. Ces liens transatlantiques renforcent les échanges d’expériences entre les deux pays.
Charlotte Bernier, dont les études portent sur les *risques démocratiques*, voit dans ces événements une illustration concrète de ses recherches. Elle compare la situation française à celle du Québec, où les élections de 2026 pourraient aussi mener à des restrictions budgétaires dans les services publics. Pour elle, la défense des services publics en France préfigure des luttes similaires à venir au Québec. Les deux pays partagent une préoccupation commune : l’accès à une éducation de qualité et la protection des droits sociaux, malgré des contextes politiques et économiques différents. Ces mobilisations révèlent une conscience sociale croissante chez les jeunes générations.

