Le Portugal veut fêter ses 900 ans, mais quand est-il vraiment né ?
Le gouvernement portugais prépare quinze années de célébrations pour commémorer la naissance du pays. Mais les historiens contestent les dates retenues, et, dans la presse, la controverse dépasse largement les querelles de calendrier.
Le gouvernement portugais prépare quinze années de célébrations, entre 2028 et 2043, pour commémorer les 900 ans de la naissance du Portugal. Trois événements historiques sont retenus comme dates clés : la bataille de São Mamede en 1128, la bataille d’Ourique en 1139 et le traité de Zamora en 1143. Ces dates symbolisent respectivement la prise de pouvoir par Afonso Henriques (futur Alphonse Ier), l’adoption du titre de roi et la reconnaissance officielle de l’indépendance du royaume. Cependant, ces choix suscitent des débats parmi les historiens, car ils ne font pas consensus sur leur rôle exact dans la formation du pays.
Les historiens contestent la pertinence des dates retenues par le gouvernement portugais pour célébrer la naissance du pays. Le médiéviste Luís Amaral qualifie ces événements de malentendu monumental, soulignant qu’ils se sont produits de manière opportuniste, sans suivre un plan préétabli. Par exemple, la bataille de São Mamede, souvent présentée comme un affrontement épique, n’aurait mobilisé que 150 à 200 combattants selon ses estimations. Ces événements sont donc perçus comme des étapes d’un récit national construit a posteriori, plutôt que comme les fondations réelles d’un projet politique cohérent.
Le gouvernement portugais, dirigé par Luís Montenegro, a confié l’organisation des commémorations à Paulo Portas, ancien ministre et dirigeant du CDS-PP, un parti de droite conservatrice. Portas insiste sur l’importance de consulter les historiens pour éviter de créer une histoire officielle, incompatible avec les principes démocratiques. Il promet une approche transparente, tout en soulignant que ces célébrations visent à renforcer l’identité nationale et le récit historique du Portugal.
Au-delà des querelles de calendrier, ces célébrations soulèvent des questions plus larges sur la construction de l’identité portugaise. Le choix des dates et des événements retenus influence la manière dont les Portugais perçoivent leur histoire et leur héritage. Certains craignent que ces commémorations ne deviennent un outil de manipulation politique, servant à légitimer une vision particulière du passé. Le débat dépasse donc le simple cadre historique pour toucher à des enjeux culturels et politiques majeurs.
Ces célébrations s’inscrivent dans un contexte politique où l’extrême droite progresse au Portugal, comme dans d’autres pays européens. Le parti de Paulo Portas, le CDS-PP, est un parti de droite conservatrice, ce qui ajoute une dimension idéologique à ces commémorations. Certains observateurs y voient une tentative de mobiliser l’histoire à des fins partisanes, tandis que d’autres insistent sur la nécessité de préserver une approche critique et pluraliste de l’histoire nationale.

