Il y a 800 millions d'années, un astéroïde pulvérisé a bombardé d'impacts la Terre, la Lune et Mars
Les cratères de la Lune gardent la trace des impacts qui l'ont criblée. Longtemps, on a ignoré d'où partaient ces salves.
Il y a environ 800 millions d'années, un astéroïde d'une taille estimée à 100 kilomètres de diamètre s'est désintégré en plusieurs fragments. Ce phénomène, appelé pulvérisation, a généré un essaim de débris spatiaux. Ces fragments, dont certains mesuraient plusieurs dizaines de kilomètres, ont ensuite voyagé dans le système solaire avant de percuter plusieurs corps célestes, dont la Terre, la Lune et Mars. Les scientifiques ont reconstitué cet événement en analysant les cratères d'impact et les traces de collisions sur ces trois astres. Cette découverte remet en question les modèles précédents, qui suggéraient une période de bombardement moins intense à cette époque.
Les impacts de ces fragments d'astéroïde ont laissé des cicatrices encore visibles aujourd'hui. Sur la Lune, les cratères formés à cette époque sont particulièrement bien conservés en raison de l'absence d'érosion ou de tectonique des plaques. Sur Mars, des bassins d'impact géants, comme ceux de Hellas Planitia ou Argyre Planitia, datent de cette période. Sur Terre, l'érosion et les mouvements des plaques tectoniques ont effacé la plupart des traces directes, mais des couches de sédiments et des anomalies géochimiques permettent de dater ces événements. Les scientifiques estiment que ces impacts ont pu perturber l'atmosphère terrestre et influencer l'évolution des formes de vie.
Pour dater ces impacts, les chercheurs ont utilisé une méthode appelée datation radiométrique, qui consiste à mesurer la désintégration d'isotopes radioactifs dans les roches. Par exemple, la désintégration de l'isotope potassium-40 en argon-40 permet de déterminer l'âge des échantillons avec une précision de quelques millions d'années. Cette technique a été appliquée à des échantillons lunaires rapportés par les missions Apollo et à des météorites martiennes trouvées sur Terre. Les résultats confirment que les impacts sur la Lune, Mars et la Terre sont contemporains et liés à la pulvérisation du même astéroïde.
Les impacts de ces fragments ont eu des conséquences majeures sur la géologie des trois corps célestes. Sur Terre, ils ont pu provoquer des séismes, des éruptions volcaniques et des changements climatiques à court terme. Sur Mars, ces collisions ont contribué à la formation de vastes plaines et à la modification du paysage. Sur la Lune, les cratères ont modifié la répartition des matériaux à sa surface. Les scientifiques pensent que ces événements ont joué un rôle dans l'évolution des planètes internes du système solaire, en redistribuant les matériaux et en influençant leur composition.
Bien que les impacts aient été massifs, leur impact sur l'évolution de la vie reste débattu. Sur Terre, certains chercheurs suggèrent que ces événements ont pu favoriser l'apparition de nouvelles formes de vie en créant des environnements propices, comme des sources hydrothermales. D'autres estiment que ces collisions ont pu perturber les écosystèmes existants. Sur Mars, ces impacts pourraient avoir joué un rôle dans la disparition de l'eau liquide à la surface de la planète. Cependant, aucune preuve directe ne lie ces événements à des extinctions massives ou à l'émergence de nouvelles espèces.
Cet événement de pulvérisation d'un astéroïde il y a 800 millions d'années est l'un des plus importants connus dans l'histoire récente du système solaire. Il est comparable en intensité au *Grand Bombardement tardif*, qui s'est produit il y a environ 4 milliards d'années et a façonné les surfaces de la Lune et des planètes internes. Cependant, contrairement à ce dernier, les impacts de 800 millions d'années sont mieux documentés grâce aux données lunaires et martiennes. Les scientifiques espèrent que cette découverte aidera à mieux comprendre la dynamique des collisions dans le système solaire et leur rôle dans l'évolution des planètes.

