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Environnement

L'Autorité de sûreté nucléaire veut requalifier des tonnes d'uranium appauvri en déchets radioactifs

Reporterre · mis à jour il y a 1 h

Bientôt plus d'une centaine de tonnes de rebuts radioactifs supplémentaires d'un coup en France ? Dans un avis publié le 16 septembre, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection juge « indispensable qu'une quantité substantielle d'uranium appauvri soit requalifié dès à présent en déchet radioactif ». Le stock de cette matière atteignait 352 000 tonnes fin 2024 et continue de progresser d'environ 10 000 tonnes par an, selon l'inventaire de l'Andra.

Uranium appauvri en question

L’uranium appauvri est un sous-produit issu de l’enrichissement de l’uranium naturel, utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires. Après ce processus, une partie de l’uranium naturel est enrichie pour devenir du combustible nucléaire, tandis que le reste, moins concentré en isotope radioactif uranium 235, est qualifié d’appauvri. Bien que moins radioactif que l’uranium naturel, il reste faiblement radioactif et pose des questions de gestion à long terme. En France, environ 320 000 tonnes d’uranium appauvri sont actuellement stockées, principalement dans les sites d’Orano, l’entreprise publique française spécialisée dans le nucléaire. Ces stocks représentent un volume important, mais leur gestion suscite des débats en raison de leur statut juridique et de leur impact environnemental potentiel.

ASN propose un changement

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l’organisme français indépendant chargé de contrôler les installations nucléaires, a proposé de requalifier une partie de ces stocks d’uranium appauvri en déchets radioactifs. Cette requalification signifie que ces matériaux seraient désormais considérés comme des déchets à gérer selon les normes strictes applicables aux déchets radioactifs, et non plus comme des sous-produits valorisables. Cette décision s’inscrit dans un contexte où l’ASN souhaite clarifier le statut de ces stocks, dont certains datent des années 1970-1980. La requalification concernerait environ 200 000 tonnes, soit près des deux tiers des stocks actuels. L’objectif affiché est d’améliorer la sécurité et la transparence dans leur gestion.

Conséquences pour Orano

Pour Orano, l’entreprise publique qui gère ces stocks, cette requalification entraînerait des coûts supplémentaires et des contraintes réglementaires accrues. Actuellement, l’uranium appauvri est stocké dans des conditions spécifiques, souvent en fûts ou en silos, sur les sites de production ou de retraitement. Si ces stocks sont requalifiés en déchets, leur gestion devra respecter des normes plus strictes, comme celles applicables aux déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL). Cela pourrait impliquer des investissements importants pour adapter les infrastructures existantes ou construire de nouveaux sites de stockage. Orano a déjà exprimé des réserves sur cette proposition, soulignant que l’uranium appauvri pourrait encore être valorisé dans certains procédés industriels ou énergétiques.

Débat sur la radioactivité

La requalification de l’uranium appauvri en déchets radioactifs repose sur une évaluation de son niveau de radioactivité. Bien que moins radioactif que l’uranium naturel, il émet des rayonnements alpha, un type de radiation qui peut être dangereux en cas d’inhalation ou d’ingestion. Les opposants à cette requalification estiment que l’uranium appauvri ne présente pas un risque suffisant pour être classé comme déchet radioactif, et que sa gestion actuelle est déjà sécurisée. À l’inverse, les partisans de la requalification, dont l’ASN, considèrent que le principe de précaution doit s’appliquer, surtout pour des matériaux qui pourraient être manipulés ou dispersés dans l’environnement sur le très long terme. Ce débat oppose donc des visions différentes de la gestion des risques liés au nucléaire.

Ce que ça pourrait changer

La proposition de l’ASN doit désormais être soumise à une consultation publique, une étape obligatoire pour toute décision réglementaire en France. Cette consultation permettra aux parties prenantes, y compris les associations environnementales, les industriels et les citoyens, d’exprimer leur avis. Après cette phase, l’ASN pourrait rendre sa décision finale, qui pourrait être appliquée dès 2025. Si la requalification est confirmée, cela modifierait durablement la gestion des stocks d’uranium appauvri en France, avec des implications pour les sites de stockage existants et les politiques de recyclage ou de valorisation de ces matériaux. Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de réévaluation des normes de sûreté nucléaire en Europe.

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