Au Nigeria, “l’industrie du kidnapping” prospère sur fond de rançons record
Au Nigeria, les enlèvements contre rançon ont pris une ampleur industrielle, selon un rapport récent du think tank nigérian SBM Intelligence, largement repris par la presse nationale. Alors que l’organisation djihadiste Boko Haram capte une large part de ces rançons, des accusations de complicité visent désormais la police nigériane..
Entre juillet 2025 et juin 2026, le Nigeria a enregistré 7 825 enlèvements, selon le think tank nigérian SBM Intelligence. Ce phénomène, qualifié d'industrie du kidnapping, a généré des rançons records, avec au moins 7,78 milliards de nairas (environ 5 millions d’euros) versés. Les montants exigés ont cependant diminué, passant de 48 milliards à 22,9 milliards de nairas (de 31 à 15 millions d’euros), mais les sommes réellement payées ont triplé. Cette évolution illustre la professionnalisation croissante des réseaux criminels et djihadistes, qui transforment les enlèvements en une activité économique lucrative. Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 200 millions d’habitants, est particulièrement touché par cette crise sécuritaire, avec une concentration des cas dans le nord-est, épicentre de l’insurrection de Boko Haram.
Boko Haram est un groupe djihadiste nigérian fondé dans les années 2000, dont le nom signifie l’éducation occidentale est un péché en langue haoussa et arabe. Considéré comme une organisation terroriste par l’ONU, il cible notamment les écoles et les lycées. Selon The Guardian Nigeria, Boko Haram aurait perçu 90 % des rançons versées au Nigeria, soit 7 milliards de nairas (4,5 millions d’euros), pour seulement huit enlèvements. Deux cas marquants illustrent son mode opératoire : en novembre 2025, 315 élèves et membres du personnel d’une école de l’État de Niger ont été enlevés contre une rançon de 2 milliards de nairas (1,3 million d’euros) ; en mars 2026, 416 personnes ont été kidnappées dans l’État de Borno pour une rançon de 5 milliards de nairas (3,2 millions d’euros). Ces enlèvements de masse, devenant la norme, reflètent une stratégie de terreur et de profit à grande échelle.
Des accusations de complicité entre des policiers nigérians et des groupes criminels ou djihadistes ont émergé, alimentant les soupçons d’une implication institutionnelle dans l’industrie du kidnapping. L’influenceur nigérian VeryDarkMan (Martin Vincent Otse) a accusé des agents postés aux barrages routiers de transmettre des informations aux ravisseurs, facilitant ainsi certains enlèvements. La police a réagi en invitant VeryDarkMan à fournir des preuves, tout en niant ces allégations. Une ONG locale, la Rule of Law and Accountability Advocacy Centre (RULAAC), a demandé une enquête indépendante, rappelant que des cas similaires avaient déjà été documentés par le passé. Pour RULAAC, une réponse crédible passe par une investigation transparente, et non par une défense corporatiste des forces de l’ordre.
L’*industrie du kidnapping* s’étend désormais à l’ensemble du Nigeria, bien que le nord-est du pays reste le plus touché en raison de l’activité persistante de *Boko Haram*. Selon *The Guardian Nigeria*, quatre victimes sur cinq ont été enlevées lors d’opérations collectives, marquant un changement de méthode : les enlèvements de masse sont devenus la norme. Cette généralisation du phénomène s’explique par la faiblesse des moyens de sécurité, la corruption endémique et l’absence de coordination entre les États nigérians. Les rançons, autrefois réservées à des cibles spécifiques, sont désormais exigées pour des groupes entiers, comme des élèves ou des communautés locales, aggravant la crise humanitaire et économique du pays.

