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La Biélorussie, menace militaire en dormance

Le Devoir · mis à jour il y a 1 j

Kiev multiplie les mises en garde quant au risque de voir l’allié de la Russie s’engouffrer dans l’engrenage martial..

Biélorussie sous Loukachenko

Depuis 1994, la Biélorussie est dirigée par Alexandre Loukachenko, surnommé le satrape (terme désignant un gouverneur autoritaire dans l'Empire perse ancien, utilisé ici pour évoquer un dirigeant sans partage). Son régime s'appuie sur une économie planifiée, où des entreprises d'État comme l'usine de tracteurs de Minsk (MTZ) dominent le paysage industriel. Cette usine, située dans la capitale, produit à la fois des engins agricoles et du matériel militaire, comme des châssis chenillés pour des systèmes antiaériens russes. Le pays, marqué par l'héritage soviétique, affiche une neutralité officielle, mais depuis 2020, son économie est de plus en plus dépendante de la Russie, notamment en raison de sanctions occidentales imposées après la répression violente d'un soulèvement démocratique.

Rôle militaire de Minsk

La Biélorussie joue un rôle indirect mais crucial dans la guerre en Ukraine depuis 2022. Elle fournit à la Russie des composants militaires, comme des pièces pour lance-roquettes multiples, des microcircuits ou des munitions. Selon le Centre d'investigation biélorusse, au moins 58 entreprises du pays participent à ces livraisons, destinées à une quarantaine de fabricants d'armes russes. Entre février 2022 et août 2025, la valeur totale de ces expéditions a atteint 1,2 milliard de dollars, avec un volume qui a doublé en 2024 par rapport à 2022. Minsk a également autorisé le déploiement d'ogives nucléaires russes sur son sol et fourni du carburant pour compenser les pénuries causées par les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes. Cependant, Loukachenko évite pour l'instant d'engager directement ses troupes dans le conflit.

Économie biélorusse dépendante

Depuis 2020, la Biélorussie subit des sanctions occidentales en raison de la répression violente des manifestations pro-démocratie et de la fraude électorale présumée lors de la réélection de Loukachenko. Ces sanctions ont affaibli son économie, la rendant encore plus dépendante de la Russie. En 2024, les investissements dans le secteur militaire biélorusse ont été multipliés par cinq, reflétant cette orientation vers Moscou. Pourtant, le pays reste fragile : son industrie est souvent obsolète, comme en témoigne l'usine MTZ, où les ouvriers travaillent dans des conditions précaires. La société biélorusse, marquée par le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, reste réticente à l'idée d'une guerre, même si des drones russes traversent parfois son territoire.

Menace hybride sur l'OTAN

Les services de renseignement occidentaux, notamment américains et polonais, craignent que la Biélorussie ne serve de base à une attaque hybride contre les pays baltes membres de l'OTAN (Estonie, Lettonie, Lituanie). Une telle attaque pourrait prendre la forme de frappes de drones ou de sabotages, plutôt que d'une invasion massive. Cette stratégie permettrait à la Russie de contourner une escalade directe, tout en exploitant la position géographique de la Biélorussie, frontalière avec ces pays. Cependant, une telle opération comporterait des risques élevés, car l'OTAN pourrait riposter. Pour l'instant, aucune troupe russe n'est massée à la frontière ukraino-biélorusse, mais les fortifications ukrainiennes se multiplient le long de cette frontière.

Ukraine et opposition biélorusse

L'Ukraine, en position de force sur le front, adopte une posture plus agressive envers la Biélorussie. En juin 2025, Kiev a menacé Minsk d'une intervention militaire si elle ne démantelait pas des antennes-relais utilisées par la Russie pour guider ses drones. Ces antennes ont finalement été désactivées, marquant une concession de la Biélorussie. Parallèlement, l'Ukraine renforce ses liens avec l'opposition biélorusse en exil, comme Svetlana Tikhanovskaïa, figure de proue de la contestation contre Loukachenko. Cette collaboration s'explique par le fait que Kiev peut désormais dicter des conditions, grâce à ses récents succès militaires. Une implication plus directe de la Biélorussie dans la guerre pourrait fragiliser le régime de Loukachenko, en sapant sa légitimité auprès de la population et de l'élite.

Ce que ça pourrait changer

Alexandre Loukachenko se trouve dans une position délicate : il doit concilier les exigences de Moscou, qui souhaite une implication plus directe de la Biélorussie dans la guerre, avec les craintes de sa population et de son armée, réticentes à s'engager dans le conflit. Jusqu'à présent, il a réussi à éviter d'envoyer ses troupes au front, tout en soutenant indirectement la Russie via son économie. Cependant, cette stratégie pourrait s'effondrer si la Russie décidait d'exercer une pression accrue. Selon l'analyste **Artyom Shraibman**, Moscou dispose de moyens de pression suffisants pour imposer sa volonté à Minsk. Pour les opposants biélorusses, comme **Lioudmila**, la décision finale reviendra toujours au Kremlin, quel que soit le souhait de Loukachenko.

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