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Culture

"Le Corset" de Louis Clichy : "partir d'une base documentaire et aller vers des saillies cartoon voire fantastiques"

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 5 h

Dans les années 80, dans les plates étendues beauciennes, le cadet d’une famille de fermiers en pleine crise de reconversion souffre d’une scoliose sévère qui le fait tomber sans cesse, et porter sur le monde un regard oblique et perturbateur..

Un film autobiographique

Le Corset est le premier long métrage en solo du réalisateur Louis Clichy, né dans les années 1980 en Beauce, une région agricole française. L’histoire s’inspire de son enfance, marquée par une scoliose sévère qui le faisait tomber fréquemment. Ce handicap a inspiré le personnage principal, un jeune garçon issu d’une famille de fermiers en difficulté économique. Le film explore son parcours à travers l’apprentissage de l’orgue d’église et ses premières expériences amoureuses, tout en portant un corset qui symbolise à la fois sa contrainte physique et sa révolte intérieure. Louis Clichy a travaillé chez Pixar et a coréalisé deux films d’animation en 3D avec Alexandre Astier, ce qui influence son approche visuelle et narrative.

Corps contraint et burlesque

Le corset, élément central du film, représente une contrainte physique mais aussi une source de créativité pour le réalisateur. Louis Clichy explique que ce dispositif lui a permis d’aborder des thèmes psychologiques tout en explorant un style visuel à la fois misérabiliste et burlesque. Le corset, en limitant les mouvements du personnage, devient un outil d’animation qui permet de jouer sur des registres comiques et dramatiques. L’idée était de mêler empathie pour le personnage et exagération cartoonesque, en s’inspirant des contraintes physiques pour enrichir la narration. Ce choix stylistique reflète une volonté de dépasser les stéréotypes liés au handicap ou à la ruralité.

Réalisme documentaire et fantastique

Louis Clichy a choisi de décrire la Beauce des années 1980 avec un réalisme quasi documentaire, s’inspirant notamment de la trilogie de paysanne du photographe Raymond Depardon. Ce réalisme sert de base à des échappées plus fantastiques ou cartoon, créant un équilibre entre authenticité et imagination. Le réalisateur souligne l’importance de représenter la ruralité sans tomber dans le cliché ou l’idéalisation, en s’appuyant sur des détails concrets pour ancrer l’histoire dans un contexte crédible. Cette approche permet ensuite d’introduire des éléments plus oniriques ou décalés, comme des crises de colère transformées en pouvoirs surnaturels.

Enfance sans mièvrerie

Le film évite l’angélisme souvent associé à l’animation, où les personnages sont systématiquement souriants ou joyeux. Louis Clichy s’inspire de son expérience avec Alexandre Astier pour adopter un ton plus réaliste, où les émotions des personnages, notamment celles des adolescents, sont complexes et parfois sombres. Le jeu d’acteur dans Le Corset est sobre, sans excès de rictus ou de joie artificielle, ce qui renforce l’authenticité des sentiments représentés. Cette approche reflète une volonté de montrer l’enfance telle qu’elle est, avec ses frustrations, ses colères et ses premières expériences amoureuses, sans édulcorer la réalité.

Symbolisme du paysage et des émotions

Le film utilise les contrastes entre l’horizontalité des paysages plats de la Beauce et la verticalité imposée par le corset pour symboliser les tensions internes du personnage. Louis Clichy explique que cette dualité reflète sa propre enfance dans une région où l’on peut parfois « renverser la table », tant les émotions y sont fortes. Le personnage, penché par son corset dans un monde droit, finit par inverser cette logique : c’est lui qui redresse le monde autour de lui. Ce changement de perspective illustre sa quête d’équilibre émotionnel, où la colère, d’abord destructrice, se transforme en une force créatrice, notamment grâce à la musique et aux premières émotions amoureuses.

Ce que ça pourrait changer

L’animation dans *Le Corset* joue un rôle clé dans la représentation des émotions et des contraintes physiques. Louis Clichy utilise des techniques inspirées du *cartoon* pour exagérer certains aspects du récit, tout en gardant une base réaliste. Le style visuel alterne entre des séquences fluides, reflétant la jeunesse du personnage, et des moments plus saccadés ou déformés, notamment lors des crises de colère. Cette approche permet de traduire visuellement les tourments intérieurs du protagoniste, tout en évitant les écueils d’un réalisme trop strict ou d’un fantastique gratuit. Le résultat est un film où le fond et la forme s’entremêlent pour créer une expérience immersive et poétique.

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