En Uruguay, le projet techno-libertarien d’une communauté qui se prépare au monde post-IA pourrait voir le jour dès 2027
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Praxis est un projet américain visant à créer un micro-État souverain en Uruguay, sur le littoral du Río de la Plata, près de Buenos Aires. Ce projet, annoncé pour 2027, s’inscrit dans une démarche de préparation à un monde post-IA (intelligence artificielle générale, ou AGI en anglais), où l’IA pourrait égaler les capacités cognitives humaines. Praxis est porté par Dryden Brown, un entrepreneur de 30 ans issu de la Silicon Valley, et Charlie Callinan, avec qui il a cofondé le projet en 2019 sous le nom initial de Bluebook Cities. Le concept s’inspire du seasteading, une idée développée dès 2008 par le Seasteading Institute de Patri Friedman (petit-fils de l’économiste Milton Friedman) et Wayne Gramlich, visant à créer des communautés autonomes sur des plateformes flottantes en eaux internationales. Praxis se distingue par son approche terrestre et son ambition de repenser la gouvernance pour un futur dominé par l’IA.
Le mouvement du seasteading et des micro-États libertariens remonte aux années 1960, avec des tentatives comme celle de Werner Stiefel, admirateur d’Ayn Rand, qui a lancé un bateau sur l’Hudson River avant d’essayer d’ancrer une plateforme pétrolière entre Cuba et le Honduras. Dans les années 1970, Michael Oliver a tenté de créer un pays sans impôts sur des récifs du Pacifique Sud, mais le projet a échoué après une intervention des Tonga. Depuis les années 2010, le mouvement connaît un regain d’intérêt, notamment grâce à Balaji Srinivasan, entrepreneur et ancien directeur technique de Coinbase. Srinivasan a théorisé le concept d’État réseau (Network State), une communauté numérique concurrente des États-nations, qu’il a développé dans son livre The Network State: How To Start a New Country (2022). Il y propose une alternative à la démocratie traditionnelle, qu’il compare à un « logiciel obsolète » nécessitant une « mise à jour ». Praxis s’inscrit dans cette lignée, avec l’ambition de créer une communauté auto-gouvernée et technologiquement avancée.
Praxis bénéficie de soutiens financiers majeurs, notamment de Peter Thiel (cofondateur de PayPal et figure de la Silicon Valley), Joe Lonsdale (cofondateur de Palantir), Marc Andreessen (cofondateur de Netscape et investisseur emblématique) et Apollo Projects, un fonds de capital-risque lié à Sam Altman (cofondateur d’OpenAI). Ces investisseurs, souvent associés à des projets technologiques disruptifs, voient dans Praxis une opportunité de tester des modèles de gouvernance innovants. Cependant, Peter Thiel a depuis pris ses distances avec le projet. Praxis revendique 150 000 membres, dont 2 700 auraient exprimé leur intention de s’installer en Uruguay. Dryden Brown, le porteur du projet, prévoit de s’y installer fin 2026 et de commencer l’achat de terrains en 2027. Le projet s’appuiera sur +Colonia, un projet immobilier existant mené par Eduardo Bastitta, entrepreneur proche du président uruguayen Javier Milei.
Praxis se présente comme une communauté futuriste, mais son design a évolué vers un style minimaliste moderne, mêlant des éléments inspirés de la Grèce et de la Rome antique à des espaces vitrés offrant une vue sur le Río de la Plata. Le projet vise à attirer des entrepreneurs, milliardaires et fondateurs de startups, avec une promesse de vie communautaire axée sur des activités comme le yoga ou des soirées avec des DJ. Contrairement à d’autres tentatives de micro-États libertariens, Praxis ne cherche pas à s’isoler complètement, mais à s’intégrer dans un projet immobilier existant. Dryden Brown a rencontré le président uruguayen Yamandú Orsi à New York en septembre 2026 pour discuter du projet, bien que les accords signés avec +Colonia restent non contraignants. L’objectif est de créer une ville pilote dès 2027, avec une esthétique et une organisation adaptées à un monde où l’IA jouera un rôle central.
L’Uruguay a été choisi pour son cadre juridique favorable aux projets innovants et sa stabilité politique relative en Amérique latine. Eduardo Bastitta, entrepreneur à l’origine du projet *+Colonia*, est également conseiller du président uruguayen Javier Milei, connu pour ses positions libérales et pro-technologie. Ce contexte politique pourrait faciliter les négociations entre Praxis et les autorités locales. Le projet s’inscrit dans une tendance plus large de création de cités privées, comme Próspera au Honduras, qui accueille déjà 1 000 résidents. Ces initiatives reflètent une volonté de certains acteurs de la tech de s’affranchir des régulations traditionnelles des États-nations, en misant sur l’autonomie juridique et économique. Cependant, leur viabilité à long terme dépendra de leur capacité à concilier innovation et acceptation par les institutions locales.

