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Accoucher sans professionnel faute d’accès à une sage-femme

Le Devoir · mis à jour il y a 5 j

L’accès à ces professionnelles de la santé demeure difficile dans plusieurs régions de la province..

Accouchement non assisté

Au Québec, certaines femmes choisissent d’accoucher sans médecin ni sage-femme, un phénomène appelé accouchement non assisté. Cette pratique n’est pas illégale dans la province, mais elle reste rare et difficile à mesurer. Les raisons sont multiples : manque d’accès aux services de sages-femmes, mauvaises expériences en milieu hospitalier, ou désir d’autonomie. Par exemple, en Estrie, près d’une demande sur six pour un suivi par une sage-femme a été refusée en 2023 faute de personnel. Sur la Côte-Nord, aucune sage-femme n’est actuellement en poste. Julie Pelletier, présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec, souligne que toutes les femmes devraient pouvoir accoucher accompagnées si elles le souhaitent, car ce suivi réduit les interventions médicales non nécessaires. Le réseau public reconnaît des lacunes dans l’offre de services, notamment dans les régions éloignées ou en raison de coûts élevés pour créer de nouvelles maisons de naissance.

Rôle des sages-femmes

Les sages-femmes sont des professionnelles de santé formées pour accompagner les femmes pendant la grossesse, l’accouchement et les six semaines suivant la naissance. Leur rôle inclut des soins médicaux de base, comme le suivi de la santé de la mère et du fœtus, ainsi que des conseils pour un accouchement naturel. Cependant, leur accès est limité dans plusieurs régions du Québec. En 2023, plus de 200 femmes étaient sur liste d’attente dans les Laurentides, et aucune sage-femme n’était disponible sur la Côte-Nord. Pour pallier ce manque, des mesures comme des bourses d’études en pratique sage-femme sont mises en place. Malgré ces efforts, des facteurs comme les grossesses à risque ou le manque de personnel rendent certaines femmes inadmissibles à leur suivi. L’Ordre des sages-femmes du Québec travaille avec le gouvernement pour élargir leur pratique.

Expériences hospitalières difficiles

Certaines femmes optent pour un accouchement non assisté après avoir vécu des expériences traumatisantes en milieu hospitalier. Par exemple, Roxana Fotouhi, 34 ans, a envisagé d’accoucher seule en 2021 après une mauvaise expérience en 2019. Elle souhaitait absolument donner naissance à domicile, même sans sage-femme, par crainte de revivre des gestes médicaux non nécessaires ou posés sans son consentement. Pendant la pandémie de COVID-19, les services de sages-femmes à domicile avaient été suspendus, ce qui a renforcé son inquiétude. Elle précise qu’elle se serait rendue à l’hôpital en cas d’urgence. Ces situations illustrent un manque de confiance dans le réseau de santé, malgré des efforts récents pour promouvoir des soins plus respectueux et autonomes, selon la Dre Liliane Brassard, vice-présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.

Doulas et accompagnement

Une doula est une personne choisie par la famille pour offrir un accompagnement émotionnel et physique pendant la grossesse, l’accouchement ou la période postnatale. Contrairement aux sages-femmes, les doulas ne réalisent aucun acte médical réservé aux professionnels de santé. Leur rôle est complémentaire et se concentre sur le soutien, comme la présence rassurante, des conseils pour gérer la douleur ou des méthodes naturelles. Elles peuvent intervenir dans les hôpitaux, les maisons de naissance ou à domicile, y compris lors d’un accouchement non assisté. Roxane Arès, vice-présidente de l’Association québécoise des doulas, insiste sur cette distinction : les doulas ne pratiquent pas d’examens médicaux comme l’écoute du rythme cardiaque fœtal ou un examen vaginal. Leur présence vise à humaniser l’expérience de l’accouchement, quel que soit le lieu.

Risques et encadrement légal

Bien qu’accoucher sans professionnel ne soit pas illégal au Québec, certaines pratiques sont interdites. Par exemple, utiliser des titres comme sage-femme pionnière ou sage-femme traditionnelle sans être membre de l’Ordre des sages-femmes du Québec est considéré comme un exercice illégal de la profession. L’Ordre a enregistré une hausse des signalements, passant de 3 enquêtes en 2019-2020 à 15 en 2025-2026. Ces cas concernent des personnes non qualifiées qui réalisent des actes réservés aux sages-femmes, comme écouter le cœur du fœtus ou effectuer un examen vaginal. Ces actes peuvent mettre en danger la santé de la mère et de l’enfant. Le rôle des doulas, bien que précieux, est strictement encadré pour éviter toute confusion avec une pratique médicale.

Ce que ça pourrait changer

Pour améliorer l’accès aux sages-femmes, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et Santé Québec reconnaissent la nécessité de renforcer l’offre de services. Les obstacles incluent le manque de personnel, les coûts élevés des infrastructures et les conditions de travail peu attractives. Une entente de principe a été conclue entre le gouvernement et le Regroupement Les sages-femmes du Québec en septembre 2024, mais son contenu reste confidentiel en attendant l’approbation des membres. Amaili Jetté, présidente du regroupement, souligne que de meilleures conditions de travail sont essentielles pour attirer et retenir des professionnelles. Par ailleurs, le MSSS collabore avec l’Ordre des sages-femmes pour élargir leur champ de pratique, notamment pour les grossesses à faible risque. Ces mesures visent à garantir un choix réel aux femmes enceintes, quel que soit leur lieu de résidence.

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