«Une forêt sous-marine» : en Loire-Atlantique, il fait pousser des algues pour retrouver de la biodiversité… et ça marche !
Au large du Pouliguen (Loire-Atlantique), une association tente de faire renaître une forêt de laminaires, ces algues en forme de longs rubans bruns, essentielles à la biodiversité marine. Lancée en 2023, l’expérimentation montre de premiers résultats encourageants, alors que ces écosystèmes sont vulnérables au réchauffement climatique.
Les laminaires sont de grandes algues brunes en forme de longs rubans qui poussent dans les eaux froides et peu profondes des zones côtières. Elles forment des écosystèmes appelés forêts sous-marines, comparables aux forêts terrestres en termes de biodiversité. Ces algues couvrent environ 25 % des côtes mondiales et abritent plus de 1 000 espèces animales, comme des poissons, des mollusques ou des crustacés. Elles jouent aussi un rôle écologique majeur en capturant du carbone : selon des chercheurs allemands, la quantité de carbone stockée par les laminaires équivaut aux émissions annuelles de gaz à effet de serre de l’Allemagne. En Loire-Atlantique, l’association Estuaires Loire Vilaine (ELV) tente de restaurer ces forêts sous-marines en réintroduisant des laminaires dans des zones où elles ont presque disparu.
Entre 1995 et 2014, 90 % des laminaires ont disparu dans la baie de La Baule et l’estuaire de la Loire, en Loire-Atlantique. Cette disparition est principalement due aux activités humaines, comme le rejet de polluants chimiques en mer ou le dragage des ports et des chenaux. Le dragage consiste à retirer les sédiments accumulés (vase, sable, gravier) pour maintenir une profondeur suffisante pour les activités économiques, mais il détruit aussi les habitats des laminaires. Jean-Claude Ménard, cofondateur de l’association ELV, a constaté cette disparition en plongeant régulièrement dans la région. Il a alors décidé de cartographier les fonds sous-marins pour comprendre l’ampleur du phénomène et en identifier les causes.
Face à la disparition massive des laminaires, l’association ELV a lancé en 2023 un projet de régénération écologique. L’objectif est de réintroduire des laminaires dans des zones où elles avaient presque disparu, comme près de l’îlot des Evens, à trois kilomètres du Pouliguen. En novembre 2023, Jean-Claude Ménard a prélevé une vingtaine de laminaires adultes, appelées géniteurs, qu’il a transportées à la station biologique de Roscoff. Cette station, affiliée au CNRS et à l’université de la Sorbonne, a permis de cultiver les algues fixées à des galets et des cordes dans une écloserie. En août 2024, les jeunes laminaires ont été réintroduites en mer, où elles ont rapidement grandi : en septembre 2025, certaines mesuraient déjà 80 centimètres, contre seulement 3 ou 4 centimètres à leur installation.
Un an après leur réintroduction, les laminaires réintroduites près de l’îlot des Evens se sont bien développées et se sont même reproduites naturellement dans le milieu. Jean-Claude Ménard, qui surveille régulièrement leur croissance, confirme que les algues sont en bonne santé malgré des conditions parfois difficiles, comme une forte turbidité (eau trouble) due à la présence de phytoplancton. Cependant, les laminaires restent vulnérables au réchauffement climatique. En été 2025, certaines laminaires de la mer d’Iroise, en Finistère, ont souffert de températures élevées (jusqu’à 35 °C à marée basse), entraînant des nécroses. Les tempêtes hivernales, plus fréquentes à cause du changement climatique, arrachent aussi des laminaires, réduisant leur nombre.
Le projet de régénération des laminaires en Loire-Atlantique a reçu un soutien financier du fonds de dotation d’Océanopolis pour trois ans. Ce financement permettra à l’association ELV de poursuivre son travail et de lancer trois nouveaux sites de régénération entre Le Croisic et Le Pouliguen. Thibaut de Bettignies, référent en écologie benthique à PatriNat (une unité liée au Muséum national d’histoire naturelle et à l’Office français de la biodiversité), souligne que cette expérience est unique en France et pourrait être reproduite ailleurs. Les laminaires réintroduites ont survécu à des conditions difficiles, comme une crue majeure en 2025, ce qui renforce l’espoir de leur résilience face aux perturbations environnementales.
Plusieurs acteurs clés ont contribué au projet de régénération des laminaires. Jean-Claude Ménard, cofondateur de l’association Estuaires Loire Vilaine (ELV), est à l’origine de l’initiative. Il a travaillé en partenariat avec la station biologique de Roscoff, un centre de recherche et de formation en biologie marine affilié au CNRS et à l’université de la Sorbonne. Philippe Potin, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des algues, a suivi le projet scientifiquement. L’association ELV a aussi collaboré avec PatriNat, une unité d’appui et de recherche rattachée au Muséum national d’histoire naturelle et à l’Office français de la biodiversité. Enfin, le fonds de dotation d’Océanopolis apporte un soutien financier pour trois ans, permettant d’étendre le projet.

