La Hongrie s', attèle à défaire le système de corruption mis en place par Orbán
Le nouveau pouvoir hongrois, emmené par Péter Magyar, s'est donné les moyens de récupérer les biens publics détournés par le régime Orban. Une attaque frontale et titanesque qui prendra néanmoins du temps..
En avril 2026, Péter Magyar et son parti Tisza («Respect et Liberté») remportent les élections législatives hongroises avec 53 % des voix et 141 sièges sur 199. Magyar, devenu Premier ministre le 13 mai 2026, promet un changement de régime après seize ans de gouvernance de Viktor Orbán et de son parti, le Fidesz. Il qualifie cette période d’illibéralisme (système politique limitant les libertés au nom d’un nationalisme autoritaire) et de démocrature (démocratie de façade où le pouvoir est concentré entre les mains d’un dirigeant ou d’un parti). Son objectif est de démanteler le système Orbán, un réseau mêlant corruption, détournements de fonds européens et enrichissement personnel de l’entourage politique. Magyar utilise les réseaux sociaux et des discours publics pour dénoncer ses prédécesseurs, les qualifiant de mafieux et de marionnettes, avec des menaces de prison à la clé.
Depuis mai 2026, le gouvernement de Péter Magyar mène des enquêtes et arrestations ciblant l’entourage de Viktor Orbán. En septembre 2026, deux anciens ministres du Fidesz sont arrêtés : Miklós Seszták (ex-ministre du Développement) est accusé d’avoir perçu 29,6 millions d’euros de pots-de-vin, et Balázs Hankó (ex-ministre de la Culture) est soupçonné d’avoir distribué 47,6 millions d’euros à des associations proches du Fidesz via un fonds culturel. Ils risquent cinq à dix ans de prison. D’autres figures sont visées, comme Dániel Jellinek, un entrepreneur milliardaire, et Norbert Szivek, ancien PDG d’une société publique, accusés de corruption liée à des marchés publics. Le frère de Viktor Orbán est également sous enquête pour trafic d’influence. Ces actions s’inscrivent dans une stratégie de feu purificateur pour libérer la Hongrie de la mafia économique et politique.
Pour affaiblir l’héritage d’Orbán, le Parlement hongrois a adopté le 13 juillet 2026 un 17e amendement à la Loi fondamentale (constitution hongroise). Cet amendement réduit le mandat de quatre juges constitutionnels nommés par Orbán et limite à deux mandats (huit ans) la fonction de Premier ministre, ce qui exclut un retour d’Orbán. Il raccourcit aussi le mandat des députés à douze ans, avec effet rétroactif, afin d’écarter les anciens élus du Fidesz. Les salaires des députés ont été drastiquement réduits. Une nouvelle institution, l’Office national de recouvrement et de protection des biens (NVVH), est créée pour retracer et récupérer les fonds publics détournés. Dirigée par Anna Unger, cette agence indépendante dispose de pouvoirs d’investigation étendus et peut consulter des documents financiers autrefois confidentiels. Depuis le 10 juillet 2026, la Hongrie a rejoint le Parquet européen, une décision refusée par les gouvernements précédents au nom de la souveraineté.
Péter Magyar estime que la corruption et les détournements de fonds publics ont coûté entre 8 % et 10 % du PIB hongrois (soit environ 20 à 25 milliards d’euros par an). En septembre 2026, l’oligarque Lőrinc Mészáros, ami d’enfance d’Orbán et homme le plus riche de Hongrie, a renoncé à ses concessions autoroutières (valant 62 milliards d’euros) sous la pression du gouvernement. L’Union européenne, qui avait bloqué des fonds en raison des dérives autoritaires d’Orbán, a réagi positivement : 4,2 milliards d’euros de fonds de cohésion ont été débloqués en septembre 2026, et dix milliards d’euros supplémentaires de fonds de relance sont en cours d’évaluation. La levée du véto hongrois à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, en juin 2026, a facilité ces décisions. Les programmes Erasmus+ et Horizon Europe (échanges universitaires et recherche) ont également été rouverts aux Hongrois.
Sous Orbán, l’enseignement supérieur hongrois avait été transformé en outil idéologique. Les universités publiques avaient été transférées à des fondations privées contrôlées par des proches du Fidesz. Le Mathias Corvinus Collegium (MCC), principale fondation, était devenu un réseau influent de l’extrême droite internationale, avec des liens à Bruxelles. Le 31 juillet 2026, le MCC a été dissous par décret, et ses actifs (dont 10 % des actions de la société énergétique MOL, évalués à plus d’un milliard d’euros) doivent être restitués à l’État. Les médias privés, contrôlés à 80 % par des alliés d’Orbán, ont disparu en quelques semaines après la fin de leurs subventions. Péter Magyar a annoncé la fin de la première chaîne de télévision publique (M1), qu’il qualifie d’usine à mensonges, en raison de sa partialité pendant la campagne électorale.
Le nouveau gouvernement a abrogé la loi sur la protection de l’enfance, qui assimilait l’homosexualité à la pédocriminalité. Péter Magyar a déclaré que chacun est libre d’aimer qui il veut, marquant une rupture avec la politique discriminatoire d’Orbán. Des réformes sur l’adoption par les couples homosexuels sont prévues. Le théâtre, le cinéma et l’édition, autrefois contrôlés idéologiquement par le Fidesz, devraient retrouver leur autonomie. Ces mesures s’inscrivent dans un mouvement plus large de restauration des contre-pouvoirs et des associations marginalisées sous l’ère Orbán.
Malgré son discours anti-corruption, Péter Magyar et son gouvernement sont critiqués pour leur style autoritaire et leur manque de pluralisme. Certains membres de son parti, *Tisza*, estiment que son *théâtre absolu* (usage intensif des réseaux sociaux et discours populistes) masque une continuité avec les méthodes du *Fidesz*. Péter Eszter, chercheur hongrois, souligne que Magyar utilise la *démocratie illibérale* en imposant ses décisions sans consultation suffisante. L’écrivain László Krasznahorkai, prix Nobel de littérature en 2025, a défendu Magyar en estimant que les attentes des Hongrois étaient *démesurées* face à l’ampleur de la transition politique. Malgré ces critiques, le gouvernement poursuit ses réformes, avec un soutien partiel de l’Union européenne.

