Mor Amar, journaliste sénégalais : le nouveau Premier ministre a réussi son “jeu d’équilibriste”
Le rédacteur en chef du quotidien “Enquête +” décrypte les enseignements de la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre sénégalais, Ahmadou Al Aminou Lô, prononcée le mardi 8 septembre. Au cours de cet exercice périlleux, le successeur d’Ousmane Sonko a cassé son image de technocrate, révélant un franc-parler et une capacité à dépasser les querelles partisanes qui vont donner une chance au Sénégal de sortir de la crise politique, selon Mor Amar..
Le 8 septembre 2026, Ahmadou Al Aminou Lô, nouveau Premier ministre du Sénégal, a prononcé une déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Ce discours, obligatoire dans les trois mois suivant sa nomination, était particulièrement attendu car il devait marquer son entrée en fonction et son positionnement politique. Il succède à Ousmane Sonko, figure controversée de la politique sénégalaise, et incarne la continuité de la politique du président Bassirou Diomaye Faye. Son discours a révélé un profil inattendu, loin de l’image de technocrate qui lui était attribuée jusqu’alors. Il a notamment mis en avant son franc-parler et sa capacité à dialoguer avec une Assemblée nationale très divisée.
L’Assemblée nationale sénégalaise compte 165 députés, dont 130 issus du parti Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), devenu l’opposition principale au gouvernement actuel. Ce parti, dirigé par Ousmane Sonko, s’oppose radicalement à la politique menée par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre. Les 35 autres députés sont répartis entre l’ancienne majorité et d’autres forces politiques, ce qui crée un climat politique très hostile. Ahmadou Al Aminou Lô a choisi de s’exprimer rapidement, malgré ce contexte, pour marquer son engagement et éviter de prolonger une période d’incertitude politique.
Lors de son discours, Ahmadou Al Aminou Lô a surpris par son courage et sa vivacité. Il a affronté un hémicycle hostile sans reculer, alors que son prédécesseur, Ousmane Sonko, avait repoussé sa déclaration de politique générale au-delà des trois mois réglementaires. Son discours a révélé un talent oratoire et une capacité à répondre avec humour et fermeté aux critiques, tout en évitant les provocations. Il a également assumé les actions du gouvernement précédent, dont il était le secrétaire général, montrant ainsi une continuité dans la politique menée. Ce franc-parler, bien que salué, a aussi été critiqué pour son manque de diplomatie dans certains passages.
Ahmadou Al Aminou Lô a abordé sans détour la situation économique du Sénégal, reconnaissant ouvertement le manque de ressources financières du pays. Il a évoqué une politique d’austérité en vigueur, nécessaire pour redresser les finances publiques, mais qui pourrait peser sur la population. Cette transparence, bien que risquée politiquement, a été perçue comme un signe de réalisme. Le Premier ministre a ainsi montré qu’il comptait assumer les choix difficiles, tout en cherchant à rassurer sur la capacité du gouvernement à gérer la crise. Cette approche tranche avec les discours plus optimistes ou flous souvent tenus en période de difficultés économiques.
Le discours d’Ahmadou Al Aminou Lô a été qualifié de jeu d’équilibriste par le journaliste sénégalais Mor Amar, rédacteur en chef du quotidien Enquête +. Ce terme désigne la capacité du Premier ministre à naviguer entre des positions politiques opposées sans aliéner aucune partie. Il a su défendre la politique du président Faye tout en reconnaissant les erreurs passées, comme les emprunts controversés contractés sous l’ère Macky Sall. Son objectif était de montrer qu’il pouvait dépasser les querelles partisanes et offrir une issue à la crise politique qui secoue le Sénégal depuis plusieurs mois. Ce discours a été perçu comme une tentative de rassembler plutôt que de diviser.
Le discours du Premier ministre a été analysé comme une tentative de stabiliser la situation politique au Sénégal, en évitant une escalade des tensions entre le gouvernement et l’opposition. Mor Amar, dans son entretien, estime que ce discours pourrait donner une chance au pays de sortir de la crise, à condition que les promesses soient suivies d’actes. Cependant, le franc-parler du Premier ministre et son manque d’emphase sur certains sujets pourraient aussi lui aliéner une partie de l’opinion ou des partenaires politiques. L’enjeu pour Ahmadou Al Aminou Lô est désormais de concrétiser ses déclarations par des actions tangibles, tout en maintenant un dialogue avec une Assemblée nationale profondément divisée.

