Les mammouths femelles étaient la cible privilégiée des chasseurs de l’ère glaciaire
Une nouvelle étude génétique révèle que les mammouths laineux avidement chassés par les hominidés de l’ère glaciaire étaient en grande majorité des femelles, sans doute parce que les déplacements de leurs troupeaux étaient plus prévisibles que ceux des mâles solitaires..
Les mammouths laineux (Mammuthus primigenius) étaient des animaux essentiels pour les humains de l’ère glaciaire, qui vivaient il y a environ 40 000 à 4 000 ans. Ces mastodontes fournissaient une ressource vitale : leur viande et leur graisse servaient de nourriture, leurs peaux épaisses permettaient de confectionner des vêtements et des abris, et leur ivoire était utilisé pour créer des objets d’art ou des ornements. Leur importance était telle que les chasseurs les traquaient activement. Une étude récente, publiée dans la revue Current Biology par des chercheurs du Centre de paléogénétique de Stockholm, révèle que ces humains ciblaient principalement les femelles de mammouths, et non les mâles.
Les chercheurs ont analysé 521 spécimens de mammouths laineux retrouvés en Eurasie et en Amérique du Nord. Parmi les ossements découverts dans des sites liés à l’activité humaine, 70 % provenaient de femelles, contre seulement 30 % de mâles. À l’inverse, dans les milieux naturels où les mammouths vivaient sans interaction avec les humains, 66 % des spécimens étaient des mâles. Cette différence suggère que les chasseurs privilégiaient les femelles. L’autrice principale de l’étude, Hannah Moots, souligne que cette préférence ne s’explique pas uniquement par la taille plus réduite des femelles adultes, mais aussi par leur comportement social.
Les troupeaux de mammouths, comme ceux des éléphants modernes, étaient dirigés par des femelles. Ces groupes suivaient des itinéraires saisonniers prévisibles, ce qui les rendait plus faciles à localiser pour les chasseurs. Les mâles, en revanche, se déplaçaient de manière plus solitaire et aléatoire. Selon les chercheurs, les humains de l’ère glaciaire auraient pu installer leurs sites de chasse le long de ces voies de migration, augmentant ainsi leurs chances de succès. Cette stratégie montre une organisation et une réflexion avancées dans la chasse au mammouth.
Les résultats de l’étude indiquent que la chasse au mammouth était bien plus organisée qu’on ne le pensait auparavant. Les humains ne se contentaient pas de tuer les animaux à l’occasion, mais suivaient leurs migrations, coordonnaient des plans d’embuscade complexes et pouvaient même guider les troupeaux vers des pièges. Cette approche méthodique révèle une connaissance approfondie du comportement des mammouths et une capacité à planifier des actions collectives. Elle témoigne également d’une adaptation intelligente à leur environnement.
En marge de leur étude, les chercheurs ont fait une découverte inattendue : un mammouth de l’île Wrangel, en Russie, présentait une combinaison unique de chromosomes sexuels appelée mosaïcisme X0/XX. Cette particularité génétique, connue chez l’humain sous le nom de syndrome de Turner, n’avait jamais été documentée chez une espèce éteinte. Elle se caractérise par la présence d’un seul chromosome X dans certaines cellules et de deux dans d’autres. Cette mutation avait déjà été observée chez des animaux domestiques modernes, mais jamais chez les éléphants ou leurs proches parents.
La découverte du mosaïcisme chez un mammouth laineux ouvre de nouvelles perspectives en génétique et en paléontologie. Elle confirme que les mutations génétiques ne sont pas exclusives aux espèces actuelles, mais pouvaient aussi survenir chez des animaux disparus. Julia Gresky, de l’Institut archéologique allemand de Berlin, a réagi avec surprise à cette trouvaille, soulignant que les mammouths, comme tous les mammifères, pouvaient être sujets à des anomalies génétiques. Cette étude contribue ainsi à mieux comprendre la biologie et l’évolution de ces animaux emblématiques.

