À El Obeid, le spectre d’un massacre plane sur la ville assiégée
Alors que la guerre au Soudan dure depuis plus de trois ans, l’ONU tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme face au risque d’une escalade majeure autour d’El Obeid, capitale du Kordofan du Nord. Une offensive d’envergure contre cette ville stratégique pourrait exposer des centaines de milliers de civils à des violences massives, provoquer de nouveaux déplacements forcés et aggraver une crise humanitaire déjà qualifiée de plus grande au monde..
El Obeid, ville du Soudan située dans la région du Kordofan, est actuellement assiégée et menacée par une escalade violente du conflit opposant les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire. Selon Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe de l’ONU aux affaires politiques, la situation se dégrade rapidement avec une intensification des attaques par drones des deux camps. Les FSR renforcent leur présence autour de la ville, augmentant le risque d’un affrontement majeur. Une bataille à grande échelle pourrait provoquer de nouveaux déplacements massifs de populations vers des zones déjà saturées, aggravant une crise humanitaire déjà critique dans toute la région. L’ONU alerte sur un désastre imminent des droits humains si les combats ne cessent pas immédiatement.
El Obeid n’est pas seulement une ville stratégique sur le plan démographique, elle est aussi un carrefour essentiel pour l’aide humanitaire dans le Kordofan. Elle accueille des milliers de personnes déplacées venues notamment des régions voisines du Kordofan occidental et du Kordofan du Sud. La ville sert de plateforme logistique pour acheminer vivres, médicaments et autres secours vers les zones touchées par la guerre. Le Programme alimentaire mondial (PAM) y distribue actuellement une aide à plus de 100 000 personnes vulnérables et se prépare à soutenir jusqu’à 250 000 autres en cas de fuite massive. Cependant, une offensive sur El Obeid pourrait aggraver la crise alimentaire au Soudan, où 19,5 millions de personnes souffrent déjà de la faim. Le PAM estime que ses réserves seront épuisées dès septembre 2026 sans nouveaux financements, alors qu’il réclame 646 millions de dollars pour maintenir ses opérations sur six mois.
Les enfants sont les premières victimes du conflit au Soudan. Depuis le début de la guerre en 2023, plus de 3,5 millions de réfugiés et 6,5 millions de déplacés internes ont été recensés. À El Obeid, environ 500 000 civils, dont de nombreux enfants, sont directement menacés par les combats. L’UNICEF craint une répétition du scénario d’El Fasher, au Darfour, où des centaines de milliers de civils sont piégés depuis avril 2024. Plus de 1 500 violations graves contre des enfants y ont été vérifiées, incluant meurtres, mutilations, violences sexuelles, enlèvements et recrutements forcés par des groupes armés. Au niveau national, l’ONU a recensé plus de 5 700 violations graves contre des enfants depuis 2023, avec plus de 5 000 morts ou blessés. Près de 80 % des victimes infantiles signalées en 2026 sont liées à des attaques de drones. La crise humanitaire s’aggrave aussi : 825 000 enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë sévère en 2026, et 8 millions d’enfants sont privés d’école.
Face à l’urgence, l’ONU et ses agences appellent les belligérants à déclarer une *trêve humanitaire* et à engager des négociations politiques. Rosemary DiCarlo a souligné que l’urgence humanitaire ne peut remplacer une solution politique durable. Le *Quintette* – composé de l’*Union africaine*, de l’*Union européenne*, de l’*Autorité intergouvernementale pour le développement* (*IGAD*), de la *Ligue des États arabes* et des *Nations Unies* – travaille à un dialogue dirigé par les Soudanais pour mettre fin au conflit. L’*UNICEF* a rappelé que l’aide humanitaire seule ne suffit pas à résoudre la crise et ne peut remplacer la paix. Après plus de trois ans de guerre, l’ONU insiste sur l’urgence d’agir pour éviter une catastrophe humanitaire encore plus profonde à El Obeid et dans tout le Soudan.

