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Société

Guerre en Iran: les erreurs et les leçons d'un conflit totalement absurde

Slate FR · mis à jour 30 juin

Quatre mois après le début des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, aucun des supposés objectifs de guerre n'a été atteint. Un protocole d'accord a été signé entre Washington et Téhéran pour mettre fin au conflit.

Origines du conflit

La guerre en Iran s’inscrit dans un conflit historique opposant les États-Unis et l’Iran depuis 1979, année de la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran. Ce conflit s’est intensifié avec la montée en puissance de proxys iraniens comme le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais ou les Houthis yéménites, soutenus par Téhéran. La situation a atteint un point critique le 7 octobre 2023 avec une attaque du Hamas contre Israël, suivie en octobre 2024 par la première frappe directe israélienne contre l’Iran. En juin 2025, une opération militaire israélienne a été menée, puis en février 2026, une coalition américano-israélienne a lancé une nouvelle attaque, visant trois objectifs : un changement de régime en Iran, l’anéantissement de son programme nucléaire et la destruction de ses capacités offensives. Aucun de ces objectifs n’a été atteint.

Échec du protocole

Un protocole d’accord en quatorze points a été signé le 17 juin 2026 entre les présidents Donald Trump (États-Unis) et Massoud Pezechkian (Iran) pour mettre fin au conflit. Cependant, ce texte ne résout aucun des problèmes existants et ramène les négociations à un niveau antérieur à 2015. Depuis sa signature, rien n’a changé : l’Iran maintient le blocage du détroit d’Ormuz, les États-Unis reprennent leurs frappes, et Téhéran cible des bases américaines au Bahreïn et au Koweït. Le mémorandum est déjà considéré comme inefficace. Donald Trump, sous pression pour sortir de ce conflit, se retrouve dans une position de faiblesse face aux Gardiens de la révolution islamique, qui cherchent à obtenir des concessions maximales.

Erreurs stratégiques

L’administration Trump a commis plusieurs erreurs majeures dans la gestion de ce conflit. D’abord, elle a sous-estimé la résilience du régime iranien, capable de supporter des pertes humaines et économiques importantes sans céder. Ensuite, elle a exagéré la réalité des succès militaires, comme l’annonce prématurée de la destruction du programme nucléaire iranien ou de l’anéantissement de l’armée iranienne. Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, a multiplié les déclarations triomphales, perdant toute crédibilité. Enfin, Trump n’a pas osé prendre des décisions risquées, comme occuper des îles stratégiques ou bombarder les installations pétrolières iraniennes, par crainte d’un échec qui aurait nui à son image.

Coût humain et économique

Après quatre mois de conflit, plus de 13 000 frappes aériennes ont été menées et environ 40 milliards de dollars ont été dépensés par les États-Unis. Malgré cela, aucun objectif n’a été atteint. Le prix du baril de pétrole est passé de 72 à 120 dollars en quelques jours après le blocage du détroit d’Ormuz, où transite 20 % du pétrole mondial. Des milliers de bateaux sont bloqués, paralysant l’économie du Moyen-Orient et provoquant des ruptures d’approvisionnement dans le monde. Les stocks de missiles américains, comme les Tomahawk ou les systèmes THAAD, ont été fortement réduits et mettront entre deux et quatre ans à se reconstituer.

Conséquences géopolitiques

Cette guerre a profondément affecté les relations internationales. Les tensions entre les États-Unis et l’Europe se sont accentuées, avec des menaces de retrait de l’OTAN et des critiques envers les alliés européens qui n’ont pas soutenu Washington. Les relations avec Israël se sont également dégradées, Trump reprochant à Netanyahou une guerre sans fin. La crédibilité des États-Unis a été gravement entachée, affaiblissant leur position de dissuasion face à des pays comme la Chine ou la Russie. Par ailleurs, l’Iran, humilié mais toujours en place, cherche désormais à obtenir l’arme nucléaire, ce qui pourrait inciter d’autres pays de la région à suivre le même chemin.

Impact sur le Sud global

Les pays en développement, comme le Pakistan, le Vietnam, Madagascar ou le Bangladesh, ont été disproportionnellement affectés par la crise liée au blocage du détroit d’Ormuz. Les ruptures d’approvisionnement en énergie et en nourriture ont aggravé les difficultés économiques de ces nations. Le modèle économique du Moyen-Orient a également été remis en question, avec une division croissante entre une coalition « abrahamique » (Émirats arabes unis, Israël, Bahreïn) et une coalition islamique (Arabie saoudite, Pakistan, Égypte, Turquie). Ces pays ont perdu confiance dans la capacité des États-Unis à garantir leur sécurité.

Ce que ça pourrait changer

L’Iran, après avoir subi cette guerre et les frappes américaines, est désormais déterminé à obtenir l’arme nucléaire. D’autres pays de la région pourraient suivre cet exemple, imités par une dizaine de nations à travers le monde. Cette situation a poussé des dirigeants comme Emmanuel Macron à annoncer l’augmentation des stocks de têtes nucléaires en France, afin d’assurer la sécurité de l’Europe. La non-prolifération nucléaire, déjà fragilisée, risque de devenir un enjeu majeur dans les années à venir.

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