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A quoi croyons-nous encore ? : Peut-on croire au droit ?

France Culture - Savoirs· 8 juillet 2026
A quoi croyons-nous encore ? : Peut-on croire au droit ?

Tandis que les conflits durent et que la puissance prévaut, la confiance dans le droit semble décliner inéluctablement face à l'impunité des leaders. Peut-on encore croire au pouvoir du droit, ou est-il devenu la dernière ressource de ceux qui ne disposent plus que des règles face à la force ?

Résumé

1

Droit international en crise

En 2023 et 2025, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt contre deux dirigeants parmi les plus puissants au monde : Vladimir Poutine, président de la Russie, et Benjamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël.

Ces décisions marquent un tournant symbolique, car elles visent des chefs d’État en exercice, une première dans l’histoire récente.

La CPI est une institution judiciaire internationale créée en 2002 pour juger les crimes les plus graves, comme les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité ou le génocide.

Son autorité repose sur l’adhésion des États, qui s’engagent à coopérer avec elle.

Pourtant, ces mandats n’ont pas empêché la poursuite des conflits, comme la guerre en Ukraine ou les tensions au Moyen-Orient, où les rapports de force continuent de primer sur le droit.

Cette situation soulève une question centrale : le droit international peut-il encore s’imposer face à la puissance des États ?

2

Crise de confiance généralisée

Le droit ne repose pas uniquement sur la contrainte ou les sanctions, mais aussi sur une adhésion collective : l’idée que les règles s’appliquent à tous, y compris aux plus puissants.

Or, depuis plusieurs années, cette croyance est ébranlée.

Les États, notamment les grandes puissances, ignorent régulièrement les décisions de justice internationale.

Par exemple, les mandats d’arrêt contre Poutine et Netanyahou n’ont pas été suivis d’arrestations, car ces dirigeants bénéficient de l’immunité diplomatique ou de la protection de leurs alliés.

De plus, certains pays invoquent la raison d’État pour justifier le non-respect du droit, une notion qui permet de contourner les normes au nom de l’intérêt national.

Cette situation remet en cause la légitimité même du droit international, qui semble devenir un outil au service des plus faibles face à la force brute.

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Rôle des acteurs clés

Deux experts illustrent les enjeux de cette crise : Mathilde Philip, professeure de droit public et spécialiste des droits humains, et Seydi Ba, avocat spécialisé dans les affaires de terrorisme et de grand banditisme.

Mathilde Philip, autrice de l’ouvrage Peut-on juger Poutine ? (Albin Michel, 2023), défend l’idée que le droit international reste un rempart contre l’impunité, même si son application est inégale.

Seydi Ba, auteur de Comme on traverse un feu, ce que la robe exige (JC Lattès, 2026), aborde quant à lui les limites du système judiciaire face à la puissance politique.

Leur analyse montre que le droit, bien que fragile, reste un outil de résistance, notamment pour les victimes de crimes internationaux.

Cependant, son efficacité dépend largement de la volonté des États à le faire respecter.

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Conflits et impunité persistants

Malgré les avancées symboliques de la CPI, les conflits armés continuent de se multiplier, avec des conséquences humanitaires dramatiques.

En 2026, les guerres en Ukraine, à Gaza, les frappes israéliennes et américaines contre l’Iran, ainsi que l’intervention au Venezuela, illustrent la primauté de la force sur le droit.

Ces situations révèlent une contradiction : d’un côté, le droit international cherche à établir des normes universelles ; de l’autre, les États puissants contournent ces normes quand elles ne servent pas leurs intérêts.

Par exemple, les frappes contre l’Iran en 2026 ont été justifiées par des arguments de sécurité nationale, une notion souvent utilisée pour justifier des actions illégales au regard du droit international.

Cette dynamique affaiblit la crédibilité du droit et nourrit un sentiment d’injustice parmi les populations affectées.

5

Avenir du droit international

La question n’est pas seulement de savoir si le droit peut encore s’imposer, mais si les sociétés sont prêtes à y croire.

Le droit international dépend en effet de deux piliers : sa légitimité morale et son effectivité pratique.

D’un côté, il offre un cadre pour condamner les crimes et protéger les victimes, comme en témoignent les mandats d’arrêt de la CPI.

De l’autre, son application reste inégale, car elle dépend des rapports de force géopolitiques.

Pour Mathilde Philip, le droit reste un outil essentiel de justice, même imparfait.

Pour Seydi Ba, il est aussi une arme symbolique pour les plus vulnérables.

Leur débat reflète une tension fondamentale : le droit est-il une fin en soi, ou simplement un idéal à défendre dans un monde où la puissance prime souvent sur la morale ?

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