Une écriture indéchiffrable : muet depuis 3 500 ans, le mystérieux linéaire A résiste aux IA les plus avancées
Les écritures oubliées de l'Antiquité résistent parfois pendant des siècles aux spécialistes. Aujourd'hui, les algorithmes promettent d'accélérer la lecture de ces signes muets.
Le linéaire A est une écriture ancienne utilisée il y a environ 3 500 ans, vers 1700 avant notre ère, par la civilisation minoenne en Crète. Cette écriture n’a jamais été déchiffrée malgré des décennies de recherches. Elle se distingue du linéaire B, un autre système d’écriture minoen qui, lui, a été déchiffré dans les années 1950. Le linéaire A est composé de signes gravés sur des tablettes d’argile ou des objets, représentant probablement une langue aujourd’hui disparue. Contrairement au linéaire B, qui transcrit une forme primitive de grec ancien, le linéaire A reste un mystère total : personne ne sait quelle langue il encode ni ce qu’il signifie. Les chercheurs pensent qu’il pourrait s’agir d’une langue pré-grecque, parlée avant l’arrivée des Grecs en Crète.
Déchiffrer le linéaire A est un défi majeur pour plusieurs raisons. D’abord, il n’existe aucun bilingue connu, c’est-à-dire aucun texte écrit à la fois en linéaire A et dans une autre langue déjà déchiffrée, comme ce fut le cas pour le Rosetta Stone qui a permis de comprendre les hiéroglyphes égyptiens. Ensuite, le linéaire A utilise des symboles complexes, dont certains pourraient représenter des syllabes, des mots entiers ou même des concepts abstraits. Les chercheurs disposent de seulement quelques centaines de tablettes et fragments, ce qui limite les possibilités de comparaison et d’analyse statistique. Enfin, la langue sous-jacente reste inconnue, ce qui empêche d’utiliser des méthodes comme la comparaison linguistique pour faire des hypothèses sur sa structure ou son vocabulaire.
Depuis sa découverte au début du XXe siècle, de nombreuses méthodes ont été utilisées pour tenter de percer le mystère du linéaire A. Les linguistes, les archéologues et même les informaticiens ont tenté leur chance. Dans les années 1980 et 1990, des chercheurs ont utilisé des algorithmes de déchiffrement basés sur des modèles mathématiques pour analyser la fréquence des signes et établir des correspondances possibles avec d’autres langues. Plus récemment, des équipes ont eu recours à l’intelligence artificielle (IA) et au machine learning, en entraînant des modèles sur des bases de données de textes anciens. Malgré ces avancées technologiques, aucune méthode n’a encore permis de lire un seul mot en linéaire A. Les IA, comme celles développées par des laboratoires spécialisés, se heurtent à l’absence de clés de décryptage fiables.
Plusieurs hypothèses sont explorées pour avancer dans le déchiffrement. Certains chercheurs pensent que le linéaire A pourrait être lié à une langue anatolienne, comme le louvite, parlée en Asie Mineure à la même époque. D’autres suggèrent qu’il s’agirait d’une langue isolée, sans parenté connue avec d’autres langues. Une piste prometteuse consiste à comparer le linéaire A avec des inscriptions en hiéroglyphes crétois, un autre système d’écriture minoen encore partiellement incompris. Des fouilles récentes en Crète ont également permis de découvrir de nouveaux artefacts portant des inscriptions en linéaire A, offrant de nouvelles données aux chercheurs. Cependant, sans une découverte majeure, comme un bilingue ou un texte long et répétitif, le déchiffrement reste incertain.
Résoudre l’énigme du linéaire A aurait des répercussions majeures en archéologie et en linguistique. Cela permettrait de mieux comprendre la civilisation minoenne, connue pour ses palais fastueux comme celui de Cnossos, et son rôle dans l’histoire de la Méditerranée orientale. Une telle découverte éclairerait aussi les interactions entre les Minoens et les autres cultures de l’époque, comme les Égyptiens ou les Hittites. Enfin, déchiffrer le linéaire A pourrait révéler des informations sur des aspects méconnus de la vie quotidienne, de l’économie ou de la religion de cette civilisation disparue. Pour l’instant, le mystère persiste, et le linéaire A reste l’un des derniers grands défis de l’archéologie linguistique.

