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Des employeurs québécois installent des capteurs pour vérifier la présence au bureau

ICI Radio-Canada· 29 juillet 2026
 Des employeurs québécois installent des capteurs pour vérifier la présence au bureau

La technologie suscite des inquiétudes parmi des employés qui craignent d’être surveillés par leur employeur.

Résumé

1

Capteurs infrarouges en bureaux

Plusieurs employeurs québécois, dont des filiales de Québecor, installent des capteurs infrarouges dans leurs bureaux pour vérifier en temps réel la présence des employés à leur poste.

Ces capteurs détectent le rayonnement infrarouge émis par le corps humain, plus chaud que l'air ambiant, permettant de confirmer si un bureau réservé est effectivement occupé.

La technologie est fournie par l'entreprise québécoise ELIA, qui propose aussi un système de réservation de postes de travail.

ELIA affirme que son système est utilisé dans 800 bâtiments répartis dans cinq pays.

Le président d'ELIA, Anthony Blais, explique que ces capteurs servent principalement à optimiser l'utilisation des espaces de travail en contexte hybride, où les postes ne sont pas attitrés à un employé en permanence.

Les données collectées permettent aux gestionnaires de savoir en temps réel quels espaces sont disponibles et quelles équipes sont présentes, facilitant ainsi les rencontres entre collègues ou les interventions des secouristes formés.

2

Inquiétudes des employés

L'installation de ces capteurs soulève des inquiétudes parmi les employés, qui craignent d'être surveillés de manière intrusive par leur employeur.

Une employée de Québecor a exprimé ses craintes à Radio-Canada, demandant à rester anonyme par crainte de représailles.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente plus de 3 700 membres de Québecor, s'inquiète également de ces dispositifs, bien qu'il affirme veiller au respect des droits de ses membres.

Le SCFP mentionne avoir déjà été confronté à plusieurs projets de surveillance chez Québecor et se dit prêt à exercer des recours si nécessaire.

Véronique Mercier, vice-présidente communications de Québecor, précise que ces capteurs ne sont pas conçus pour surveiller les employés, mais uniquement pour améliorer la gestion des réservations des espaces de bureau.

Malgré cette explication, la perception de surveillance reste forte parmi les travailleurs, selon une étude menée par le professeur Xavier Parent-Rocheleau de HEC Montréal.

3

Étude sur l'IA au travail

Xavier Parent-Rocheleau, professeur en gestion des ressources humaines à HEC Montréal, a mené une étude sur la présence de l'intelligence artificielle au travail auprès de 4 595 travailleurs québécois.

Il a recensé une vingtaine de technologies de surveillance électronique, dont les capteurs infrarouges, qu'il qualifie parmi les plus intrusifs.

Selon lui, même si les employeurs n'ont pas l'intention de surveiller leurs employés, la simple présence de ces capteurs crée une perception de surveillance, ce qui peut entraîner une perte de confiance.

Parent-Rocheleau souligne que ces technologies pourraient permettre de mesurer précisément le temps passé aux toilettes ou au bureau, bien que cela ne soit pas l'objectif initial.

Il s'interroge également sur l'utilisation des données collectées par les entreprises vendant ces systèmes, car une fois les données obtenues, elles pourraient être utilisées à d'autres fins que celles prévues initialement, même à l'insu de l'employeur.

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Protection des données

Québecor assure que les données collectées par les capteurs infrarouges sont protégées et respecte ses obligations en matière de protection des renseignements personnels.

Véronique Mercier, vice-présidente communications, précise que les données sont utilisées uniquement pour optimiser l'utilisation des espaces de bureau.

Le président d'ELIA, Anthony Blais, ajoute que son entreprise ne reçoit que des données anonymisées, permettant de faire des recommandations aux employeurs sans identifier les individus.

Malgré ces garanties, des questions persistent sur l'utilisation future de ces données.

Parent-Rocheleau met en garde contre le risque que ces informations soient exploitées à des fins de surveillance, même si les employeurs n'en ont pas l'intention au départ.

La jurisprudence québécoise n'a pas encore tranché sur les limites légales de l'utilisation de ces capteurs, ce qui laisse un flou juridique persistant.

5

Avantages économiques

Anthony Blais, président d'ELIA, souligne que son système permet aux entreprises de réaliser des économies importantes en optimisant l'utilisation des espaces de bureau.

Selon lui, le gouvernement provincial perd entre 100 et 150 millions de dollars par année en raison de bureaux inutilisés.

Les données collectées par les capteurs permettent aux gestionnaires de prendre des décisions éclairées sur leur gestion immobilière, en identifiant les espaces réellement utilisés.

Blais recommande aux employeurs d'adopter un plan de communication clair pour expliquer aux employés l'utilisation du système, afin que ces derniers comprennent que l'objectif est d'améliorer leur environnement de travail.

Le système ELIA a été lancé en janvier 2023 et est déjà utilisé par plusieurs grands employeurs, dont Air Transat, Fondaction, Cascades et l'Université Laval.

6

Cadre juridique incertain

Me Marc Boudreau, avocat en droit du travail et associé principal chez CMB Avocats, explique que les tribunaux n'ont pas encore établi de jurisprudence claire sur les limites de l'utilisation des capteurs infrarouges en milieu de travail.

Bien que la jurisprudence actuelle interdise la surveillance permanente des employés, sauf exceptions comme les croupiers dans les casinos, l'utilisation de capteurs pour vérifier la présence au bureau reste un sujet flou.

Me Boudreau souligne que cette surveillance est davantage justifiée pour un employeur que pour un suivi constant des activités des employés.

Il indique que le droit évolue rapidement dans ce domaine, mais que les employeurs et les employés doivent rester prudents en attendant des clarifications juridiques.

Les entreprises sont donc encouragées à communiquer clairement sur l'utilisation de ces technologies pour éviter des conflits ou des recours.

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