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Près d’une majorité d’Européens s’opposent à des coupes dans les dépenses publiques pour investir dans la défense

Ramona Bloj· 8 juillet 2026

Depuis 2015, les dépenses militaires de l'Otan ont augmenté de 28 % en volume, avec un objectif d'atteindre 5 % du PIB d'ici 2035, un calendrier que le sommet d'Ankara pourrait encore accélérer. Dans un contexte budgétaire fragile, ce financement pourrait s'imposer comme un sujet clef du débat : se…

Résumé

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Hausse des dépenses militaires

Depuis 2015, les dépenses militaires des pays membres de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord, alliance de défense collective entre 32 pays dont les États-Unis, le Canada et la plupart des pays européens) ont augmenté de 28 % en volume, après ajustement pour l’inflation.

Cette hausse s’inscrit dans un objectif ambitieux : atteindre 5 % du PIB (Produit Intérieur Brut, valeur totale des biens et services produits par un pays en une année) d’ici 2035, dont 1,5 % serait dédié aux infrastructures et à la sécurité au sens large.

Par exemple, en 2024 et 2025, les pays européens et le Canada ont enregistré une augmentation annuelle moyenne de plus de 19 % de leurs budgets de défense.

Cette évolution s’explique notamment par deux événements majeurs : l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022.

Elle reflète aussi une perception partagée en Europe, selon laquelle le lien transatlantique avec les États-Unis s’est dégradé, notamment après le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025.

2

Objectif controversé de l'OTAN

L’objectif de 5 % du PIB pour les dépenses de défense a été adopté lors du sommet de l’OTAN à La Haye en 2025.

Cet objectif est jugé très ambitieux, voire contesté, car il implique une augmentation significative des budgets publics dans un contexte de finances publiques fragiles pour de nombreux pays européens.

Par exemple, l’Allemagne, qui s’est engagée dans un réarmement historique appelé Zeitenwende (terme allemand signifiant « tournant historique »), vise désormais 3,5 % du PIB d’ici 2029 pour ses dépenses de défense.

Cependant, cette augmentation soulève des questions sur la capacité des États à financer d’autres priorités sociales ou économiques, comme la santé, l’éducation ou les transitions écologiques, sans alourdir leur dette publique.

3

Opinions publiques divisées

Une enquête récente du European Council on Foreign Relations (ECFR, un groupe de réflexion européen) révèle que près d’une majorité d’Européens s’opposent à des coupes dans les dépenses publiques pour financer la hausse des dépenses de défense.

En moyenne, 45,1 % des sondés sont opposés à cette idée, contre 38,5 % qui y sont favorables (dont 8,6 % fortement et 29,9 % plutôt).

Le soutien ferme reste minoritaire dans tous les pays, ne dépassant jamais 17,1 %.

Les réponses varient fortement selon les pays : l’Estonie (54,9 % de soutien), les Pays-Bas (54,4 %) et la Pologne (49 %) sont les plus enclins à accepter des réductions budgétaires, tandis que l’Italie (63 % d’opposition), l’Espagne (54 %) et l’Autriche (58 %) y sont très opposés.

En France, 42,7 % des sondés soutiennent cette idée, mais 37,3 % s’y opposent, avec un taux d’indécision élevé de 20 %.

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Autonomie stratégique européenne

L’enquête de l’ECFR révèle aussi que 73 % des Européens estiment que l’Union européenne doit assurer sa propre défense, sans compter sur le soutien des États-Unis.

Seuls 22 % pensent encore pouvoir s’appuyer sur Washington.

Cette position reflète une méfiance croissante envers la fiabilité des États-Unis comme partenaire de sécurité, notamment après le premier mandat de Donald Trump et son retour au pouvoir en 2025.

Elle illustre aussi une volonté de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe, c’est-à-dire sa capacité à prendre des décisions indépendantes en matière de sécurité et de défense, sans dépendre d’alliés extérieurs.

Cependant, cette autonomie se heurte à des réalités budgétaires et politiques, comme le montre l’opposition majoritaire à des coupes dans les dépenses publiques pour financer la défense.

5

Clivages géographiques en Europe

Les réponses à l’enquête dessinent un clivage géographique marqué entre les pays de l’Est et du Nord de l’Europe, plutôt favorables à des coupes budgétaires pour la défense, et ceux du Sud et du centre, plutôt opposés.

Par exemple, l’Allemagne, malgré son engagement dans un réarmement historique, voit 55,6 % de sa population s’opposer à des réductions des dépenses publiques pour financer la défense, avec seulement 29,1 % de soutien.

À l’inverse, l’Estonie affiche un soutien massif de 54,9 %, tandis que l’Italie enregistre le rejet le plus fort, avec 63 % d’opposition.

Ces différences s’expliquent en partie par des perceptions distinctes des menaces extérieures, des priorités budgétaires nationales et des traditions politiques en matière de sécurité.

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