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Géopolitique

“Ce qui compte, c’est d’avoir l’air slave” : à la frontière entre la Chine et la Russie, des voisins bien éloignés

Courrier International · mis à jour il y a 2 h

Pékin et Moscou revendiquent d’excellentes relations au plus haut niveau. Mais la proximité entre les deux peuples, elle, paraît moins évidente.

Frontière sino-russe

La province chinoise du Heilongjiang, située dans le nord-est du pays, partage une frontière de plus de 3 600 kilomètres avec la Russie. Cette région, frontalière avec la Russie et la Mongolie, abrite la ville de Harbin, souvent surnommée la "petite Moscou" en raison de son héritage architectural russe. Historiquement, cette zone a été marquée par l'influence de l'Empire russe au XIXe siècle, notamment après la construction du chemin de fer transsibérien. Aujourd'hui, malgré les relations diplomatiques étroites entre Pékin et Moscou, les interactions quotidiennes entre les populations des deux pays restent limitées, principalement réduites au commerce.

Village russe artificiel

À proximité de Harbin, un "village russe" a été créé comme attraction touristique pour les visiteurs chinois. Ce lieu, décoré de matriochkas (poupées gigognes russes emblématiques), de drapeaux et de bâtiments en bois, propose des activités comme une boulangerie, un casino, un estaminet et des spectacles. Cependant, ce village ne reflète pas la réalité de la culture russe. Par exemple, la musique diffusée inclut des génériques de séries occidentales comme Game of Thrones, et certains des prétendus Russes qui y travaillent sont en réalité ukrainiens ou d'autres nationalités. Comme l'explique Bohdan, un musicien ukrainien : « Peu importe qu’on soit vraiment russe ou pas. Ce qui compte, c’est d’avoir l’air slave. »

Fossé culturel profond

Malgré les discours officiels sur l'amitié sino-russe, les différences culturelles entre les deux peuples sont marquées. Les Chinois perçoivent les Russes à travers des stéréotypes, comme le port de la barbe, des vêtements traditionnels ou des traits physiques spécifiques. À l'inverse, les Russes de la région, souvent des migrants économiques, adoptent des rôles pour correspondre à ces attentes, même s'ils ne sont pas russes. Le quotidien allemand Die Tageszeitung souligne que ces interactions restent superficielles et principalement commerciales, sans véritable échange culturel ou social. Les touristes chinois visitent le village pour une expérience exotique, mais sans chercher à comprendre la réalité de la vie en Russie.

Harbin, héritage russe

Harbin, capitale de la province du Heilongjiang, conserve de nombreux vestiges de son passé russe. La cathédrale Sainte-Sophie, construite en 1907, est un symbole de cette époque où la ville était un centre administratif de la Russie en Chine. Aujourd'hui, Harbin attire des touristes chinois et étrangers grâce à son architecture unique, mélangeant styles russe et chinois. Cependant, cette attractivité touristique repose davantage sur l'image fantasmée de la Russie que sur une réalité vécue. Les habitants locaux et les visiteurs chinois semblent préférer cette représentation idéalisée, éloignée des tensions géopolitiques actuelles entre les deux pays.

Ce que ça pourrait changer

Sur le plan diplomatique, la Chine et la Russie entretiennent des relations stratégiques, notamment depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. Les deux pays multiplient les déclarations d'amitié et les accords économiques, comme l'augmentation des échanges commerciaux le long de leur frontière. Pourtant, cette proximité politique ne se traduit pas par une proximité humaine. Les habitants des deux côtés de la frontière se côtoient peu en dehors des échanges commerciaux, et les stéréotypes persistent. Le reportage du *Tageszeitung* illustre cette contradiction entre les discours officiels et la réalité vécue par les populations locales.

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