Colombie : de la Espriella va investir une “Maison-Blanche tropicale” loin de Bogota
Le président élu s’apprête à s’établir à Barranquilla, dans le nord de la Colombie. Un complexe militaire actuellement en travaux doit devenir l’une de ses résidences officielles.
Abelardo de la Espriella, président élu de la Colombie, a annoncé qu'il allait s'installer à Barranquilla, une ville portuaire du nord du pays, plutôt qu'à Bogota, la capitale traditionnelle. Cette décision s'inscrit dans une volonté de réduire le centralisme politique qui favorise depuis des décennies Bogota au détriment des autres régions. Barranquilla, située dans le département d'Atlántico et bordée par la mer des Caraïbes, est la quatrième ville la plus peuplée de Colombie avec environ 2 millions d'habitants. De la Espriella, originaire de cette région, a promis lors de sa campagne électorale de gouverner depuis les territoires et pour les territoires, en mettant fin à l'oubli des zones périphériques.
Pour concrétiser ce projet, Abelardo de la Espriella prévoit de lancer une réforme constitutionnelle dès son investiture, prévue le vendredi 7 août 2026. Cette réforme vise à reconnaître officiellement Barranquilla comme une "capitale alternative" de la Colombie. Actuellement, le pouvoir politique et administratif est concentré à Bogota, ce qui crée des inégalités entre la capitale et le reste du pays. En transférant certains centres décisionnels à Barranquilla, le nouveau président souhaite rééquilibrer le développement économique et politique du pays. Barranquilla deviendrait ainsi un symbole de cette nouvelle gouvernance plus décentralisée.
Le président élu a choisi de s'installer dans un complexe militaire en rénovation, le Batallón Paraíso, situé à Barranquilla. Ce bâtiment, surnommé par certains médias locaux la "Maison-Blanche tropicale", en raison de sa ressemblance avec la résidence officielle des présidents américains, servira de résidence présidentielle alternative. Le complexe, actuellement en travaux avec 400 ouvriers mobilisés, est en cours de transformation pour accueillir des fonctions officielles. Cette décision a suscité des débats, certains soulignant l'aspect inhabituel et spectaculaire de ce choix architectural, tandis que d'autres y voient une volonté de moderniser les symboles du pouvoir.
Le centralisme en Colombie désigne la concentration excessive du pouvoir politique, économique et administratif dans la capitale, Bogota, au détriment des autres régions du pays. Ce phénomène historique a contribué à creuser les inégalités entre la capitale et les zones rurales ou côtières, comme Barranquilla. Les gouvernements précédents ont souvent promis de réduire ce déséquilibre, mais les résultats restent limités. Abelardo de la Espriella souhaite rompre avec cette tradition en installant une partie des institutions à Barranquilla, une ville dynamique sur le plan économique et culturel, située sur la côte caraïbe. Son objectif est de mieux représenter les besoins des régions et de favoriser un développement plus équilibré.
La décision d'Abelardo de la Espriella a suscité des réactions contrastées. Certains habitants de Barranquilla se disent enthousiastes à l'idée de devenir une capitale alternative, voyant dans ce projet une opportunité de développement économique et de reconnaissance. D'autres, en revanche, s'interrogent sur la faisabilité de cette réforme et sur les coûts associés à la transformation du *Batallón Paraíso* en résidence présidentielle. Par ailleurs, cette initiative s'inscrit dans un contexte politique marqué par des tensions entre le nouveau président et l'administration sortante, dirigée par Gustavo Petro. La transition entre les deux gouvernements, prévue pour le 7 août 2026, s'annonce électrique, notamment en raison des affaires de corruption qui ont terni la fin du mandat de Petro.

