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Face aux oppositions, le pouvoir algérien “mise sur la lassitude et sur la peur”

Courrier International· 30 juillet 2026

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont fait état de récentes arrestations de militants. Pour les titres d’opposition “Le Matin d’Algérie” et “Twala”, c’est le signe d’un régime verrouillé et autoritaire, qui a “transformé la liberté en anomalie”.

Résumé

1

Hirak et pouvoir algérien

Le mouvement du Hirak (qui signifie mouvement en arabe) a éclaté en Algérie en février 2019 pour protester contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, alors président octogénaire et malade, à un cinquième mandat.

Ces manifestations massives ont abouti à la démission de Bouteflika en avril 2019.

Depuis, son successeur, Abdelmadjid Tebboune, a promis une « nouvelle Algérie » plus démocratique.

Pourtant, sept ans après le début du Hirak, le pays reste marqué par un pouvoir perçu comme de plus en plus autoritaire et répressif.

Les élections législatives de juillet 2023 ont enregistré un taux d'abstention record de 79 %, reflétant un désengagement massif des citoyens envers un système politique jugé verrouillé et peu représentatif.

2

Répression croissante

Depuis juillet 2023, les autorités algériennes multiplient les arrestations ciblées contre des militants, journalistes et défenseurs des droits humains.

Selon le site d'opposition Le Matin d'Algérie, il n'est pas rare qu'une semaine s'écoule sans qu'un ou plusieurs activistes ne soient incarcérés.

Par exemple, dans la wilaya (préfecture) de Béjaïa en Kabylie, un bastion de la contestation depuis le Hirak, plusieurs organisations de défense des droits humains ont signalé des arrestations de militants lors du week-end des 25 et 26 juillet 2023.

Ces ONG dénoncent un durcissement de la répression, tandis que les autorités affirment agir « dans le strict respect de la loi ».

Plus de 200 prisonniers d'opinion seraient actuellement détenus, souvent dans des conditions dénoncées comme dégradantes.

3

Cas emblématiques

Parmi les détenus emblématiques figure le journaliste Hassan Bouras, incarcéré depuis avril 2023 à la prison d'El-Bayadh.

Son avocat a alerté sur la dégradation de son état de santé, qualifiant sa détention d'arbitraire et réclamant sa libération.

Une situation similaire concerne le journaliste Abdelali Mezghiche, en détention provisoire depuis février 2023 à la prison de Koléa.

Malgré ces cas, des chefs d'État étrangers continuent de se rendre en Algérie, attirés par les ressources gazières du pays.

Ces détentions illustrent une stratégie de contrôle de l'information et de musèlement des voix critiques, sans pour autant dissuader les partenaires internationaux de coopérer avec le régime.

4

Contrôle médiatique

Le site d'information Twala décrit l'Algérie comme « un pays maintenu dans le noir », pointant du doigt un contrôle strict de l'État sur l'information.

Selon le journaliste Lyas Hallas, les médias nationaux se concentrent sur des questions géopolitiques lointaines, mais évitent soigneusement d'enquêter sur des sujets locaux sensibles comme les marchés communaux, les permis de construire ou les attributions foncières.

Ces thèmes, pourtant cruciaux pour les citoyens, sont considérés comme trop risqués à aborder.

Cette censure crée un « désert médiatique », empêchant tout débat sérieux sur des enjeux essentiels et renforçant l'opacité du système politique.

5

Stratégie du régime

Face à cette opposition grandissante, le régime algérien semble miser sur trois leviers principaux : la lassitude, la normalisation autoritaire et la peur.

Selon Le Matin d'Algérie, cette stratégie a déjà remporté une victoire symbolique majeure : celle d'avoir « transformé la liberté en anomalie ».

En d'autres termes, les autorités cherchent à décourager toute velléité de contestation en maintenant une pression constante sur les citoyens, les militants et les médias.

Cette approche vise à ancrer dans les mentalités l'idée que la dissidence est à la fois inutile et dangereuse, tout en maintenant une façade de légalité pour justifier les mesures répressives.

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