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Nouveau test génétique pour lutter contre la spongieuse, une menace pour les forêts canadiennes

Québec Science · mis à jour 29 juin

Avez-vous déjà entendu parler de la spongieuse, un papillon européen friand d’arbres canadiens ? Sa cousine asiatique menace à son tour nos forêts. Une traque génétique pour la bloquer au port est lancée..

Une menace venue d'Asie

La spongieuse est un papillon dont deux variétés, originaires d'Asie, menacent les forêts canadiennes. L'une vit en Chine, Corée et Russie, l'autre au Japon. Ces insectes pondent leurs œufs sur les coques des navires en partance pour le Canada, comme en 2024 dans un port d'Asie de l'Est. Une fois arrivés, ils se nourrissent du feuillage de plus de 500 espèces d'arbres nord-américains, dont le chêne, le peuplier ou le sapin. Leur nom scientifique est Lymantria dispar, souvent abrégé en Ld. Les femelles recouvrent leurs œufs de poils blancs, les rendant presque invisibles sur les navires pendant l'hiver.

Deux cousines déjà présentes

La spongieuse européenne (Ld dispar) est présente au Canada depuis 150 ans, principalement dans l'Est. Elle est contrôlée par des pesticides biologiques, mais les changements climatiques, comme les printemps secs, favorisent ses épidémies. En 2021, elle a défolié deux millions d'hectares en Ontario. Cependant, elle se déplace peu. Le vrai danger vient de ses cousines asiatiques (Ld asiatica et Ld japonica), dont l'arrivée pourrait entraîner la formation d'hybrides plus voraces et capables de voler sur de longues distances. Ces hybrides pourraient dévastent les forêts, surtout sur la côte Ouest où la spongieuse européenne est peu présente.

Un test génétique innovant

Pour lutter contre ces papillons, une équipe de chercheurs dirigée par Sandrine Picq, au Centre de foresterie des Laurentides (Service canadien des forêts), a mis au point un nouveau test génétique nommé SpongySeq. Cet outil permet d'identifier la provenance exacte des spongieuses interceptées, contrairement aux tests précédents qui ne distinguaient que l'espèce. En analysant le génome de 1 556 papillons collectés dans 25 pays, les chercheurs ont identifié des marqueurs génétiques permettant de localiser leur origine avec une précision allant jusqu'à 97%. Ce test a déjà été utilisé sur 28 masses d'œufs interceptées aux États-Unis entre 2019 et 2020, révélant que la majorité provenait du Japon.

Méthodes de surveillance actuelles

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) utilise déjà des pièges à phéromones pour capturer les papillons. Chaque année, 10 000 de ces pièges sont déployés, et en 2023, 6 500 papillons ou masses d'œufs ont été analysés en laboratoire. Jusqu'à récemment, un test moléculaire rapide permettait d'identifier l'espèce en trois heures. Cependant, savoir quelle espèce arrive ne suffit plus : il faut maintenant connaître d'où elle vient pour agir plus efficacement. Le test SpongySeq répond à ce besoin en précisant l'origine géographique des insectes, ce qui aide à cibler les ports de départ à risque.

Ce que ça pourrait changer

Malgré son utilité, le test *SpongySeq* reste coûteux : 40 $ par papillon analysé. Une équipe de l'Université Laval collabore avec Sandrine Picq pour développer une interface simplifiée, rendant l'analyse plus accessible. À court terme, ce test sera particulièrement utile en Colombie-Britannique, où la spongieuse européenne est encore peu présente. Les scientifiques l'utilisent déjà pour distinguer une réinfestation locale d'une nouvelle introduction asiatique, afin d'adapter les stratégies d'éradication en temps réel. L'objectif est de réduire les coûts pour permettre un déploiement massif de ce outil.

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