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Droit

« La souveraineté numérique se construit par étapes, et si les institutions ne bougent pas, le public ne bougera pas »

Le Monde : Libertés numériques · mis à jour 20 mai

Dans une tribune au « Monde », les spécialistes des nouvelles technologies Nicolas Hénin et Robin Berjon reviennent sur l’engouement suscité par le compte X piloté par le Quai d’Orsay, French Response. Ils appellent l’Etat à « investir des plateformes numériques saines et bien gouvernées » dans le but d’encourager les citoyens à les intégrer à leurs usages..

Macron et désinformation

Emmanuel Macron a été la cible d’une opération de désinformation d’État complexe avant son élection en 2017. Des pirates ont piraté les boîtes e-mail de personnalités proches de son parti, En marche !, et ont publié près de 150 000 courriels et documents deux jours avant le premier tour de la présidentielle. Cette attaque a poussé Macron à agir contre les manipulations de l’information. Désinformation désigne la diffusion intentionnelle de fausses informations pour influencer l’opinion publique ou déstabiliser un adversaire. Piratage ici signifie l’accès illégal à des données privées pour les rendre publiques ou les exploiter.

Réponses institutionnelles

Depuis 2017, la France a renforcé ses moyens pour lutter contre les manipulations numériques. Plusieurs ministères et administrations ont été mobilisés, avec des résultats notables. Viginum est un service spécialisé dans la détection des ingérences numériques étrangères, comme les campagnes de désinformation venues de Russie ou d’autres pays. Son efficacité a inspiré des homologues à l’étranger. Un autre outil clé est le Centre de coordination des crises cyber (C4), moins connu mais essentiel pour gérer les cyberattaques. Ces structures illustrent une réponse institutionnelle structurée, mais leur action reste limitée si le public ne suit pas.

French Response, outil diplomatique

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a lancé un compte X (ex-Twitter) nommé French Response pour élargir la diplomatie française. Ce compte utilise un ton satirique et des réponses cinglantes pour contrer les discours officiels, souvent feutrés. Par exemple, il a moqué Elon Musk sur sa propre plateforme. Satire ici désigne l’utilisation de l’ironie ou de l’exagération pour critiquer ou ridiculiser. Le compte a connu un succès médiatique, au point que son style semble imité par d’autres représentations diplomatiques. Cependant, son impact reste tactique, ciblant des contenus plutôt que des canaux de diffusion.

Limites de la stratégie

Le modèle French Response est salué, mais il ne répond qu’à une partie du problème. Il agit sur les contenus (messages, tweets) mais pas sur les canaux (plateformes comme X). Canaux ici désigne les réseaux sociaux où circulent les informations. Le gouvernement français continue de privilégier X, une plateforme accusée de favoriser les interférences politiques en France et en Europe. En utilisant X, la France contribue malgré elle à amplifier les mensonges qu’elle cherche à combattre. Par exemple, les fausses informations diffusées par des acteurs étrangers restent visibles sur cette plateforme, ce qui complique la lutte contre la désinformation.

Ce que ça pourrait changer

Pour aller plus loin, le compte **French Response** pourrait être étendu à d’autres plateformes comme **VKontakte** (réseau social russe) ou **Truth Social** (plateforme de Donald Trump). L’objectif serait de contrer les propagandistes sur leurs propres terrains. **VKontakte** est le principal réseau social en Russie, souvent utilisé pour diffuser la propagande du Kremlin. **Truth Social** est une plateforme créée par Donald Trump pour contourner les médias traditionnels. Une telle stratégie permettrait de toucher directement les audiences cibles des désinformateurs, plutôt que de réagir après coup sur X.

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