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Longtemps attribué à Ramsès II, ce bloc peint il y a 3 400 ans révèle la puissance de la propagande guerrière des pharaons

Julia Garcia· 31 juillet 2026

Dans l'art des pharaons, le souverain écrase toujours ses ennemis, jamais l'inverse. Ces scènes de triomphe ornaient les temples pour affirmer un pouvoir, non pour raconter une bataille réelle. Un relief conservé à New York montre le char du pharaon lancé sur des soldats venus d'Asie.

Résumé

1

Art pharaonique et propagande

Dans l’Égypte antique, l’art officiel des pharaons ne représente jamais les défaites ou les revers militaires.

Les scènes gravées ou peintes sur les murs des temples et des palais montrent systématiquement le souverain triomphant de ses ennemis, écrasant des soldats étrangers sous ses pieds ou dans son char.

Ces représentations ne visent pas à décrire une bataille réelle, mais à affirmer la puissance divine et politique du pharaon.

Les artistes égyptiens utilisaient des codes visuels précis : le pharaon était souvent représenté plus grand que ses adversaires, avec des traits idéalisés, et ses ennemis étaient réduits à des silhouettes anonymes ou à des groupes ethniques stéréotypés.

Ces œuvres servaient de propagande pour renforcer l’autorité du souverain, en rappelant à ses sujets et aux visiteurs étrangers que l’ordre cosmique et terrestre dépendait de son règne.

Le relief découvert à New York, daté de 1323 av.

J.-C.

environ, illustre parfaitement cette tradition artistique.

2

Relief de New York

Un relief conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, longtemps attribué au pharaon Ramsès II, date en réalité de la XIXe dynastie égyptienne, vers 1323 av.

J.-C.

Ce bloc de pierre peint représente un char royal lancé à pleine vitesse sur des soldats asiatiques, figurés en position de défaite.

Les ennemis, reconnaissables à leurs coiffes et vêtements distinctifs, sont écrasés sous les roues du char ou fuyants, symbolisant la victoire écrasante du pharaon.

Ce type de scène, appelé scène de triomphe, était courant dans l’art égyptien pour célébrer les campagnes militaires, même si les batailles réelles pouvaient être moins glorieuses.

Le relief mesure environ 1 mètre de haut et 0,7 mètre de large, et ses couleurs vives (rouge, bleu, noir) ont partiellement résisté au temps.

Bien que son attribution initiale à Ramsès II ait été remise en cause par des analyses stylistiques, il reste un exemple frappant de la propagande visuelle pharaonique.

3

Fonction politique des images

Les scènes de victoire militaire dans l’art égyptien remplissaient une double fonction politique et religieuse.

D’un point de vue politique, elles servaient à légitimer l’autorité du pharaon en montrant sa capacité à protéger l’Égypte des menaces extérieures.

Ces images étaient exposées dans des lieux publics comme les temples de Karnak ou Louxor, accessibles aux prêtres, aux fonctionnaires et aux pèlerins, renforçant ainsi l’idée d’un pouvoir centralisé et invincible.

Sur le plan religieux, elles illustraient le concept de Maât, l’ordre cosmique que le pharaon devait maintenir en écrasant le Isfet, le chaos représenté par les ennemis étrangers.

Les Asiatiques, souvent désignés comme des Hyksôs ou des Amu, étaient des cibles privilégiées de cette propagande, car ils représentaient une menace historique pour l’Égypte.

Ces images rappelaient aussi aux voisins de l’Égypte que toute rébellion serait écrasée, dissuadant ainsi les attaques futures.

4

Réalité et fiction des batailles

Les scènes de bataille dans l’art égyptien ne reflétaient pas toujours la réalité des conflits.

Les pharaons, comme Ramsès II, ont mené de nombreuses campagnes militaires en Syrie, en Nubie ou en Libye, mais les représentations artistiques simplifiaient souvent ces événements pour en faire des victoires éclatantes et sans ambiguïté.

Par exemple, la bataille de Qadesh (1274 av.

J.-C.), où Ramsès II affronta les Hittites, fut transformée en une victoire personnelle du pharaon, alors que les sources hittites suggèrent un match nul.

Les artistes égyptiens ombraient les défaites ou les difficultés, préférant mettre en avant la bravoure du souverain et la soumission de ses ennemis.

Le relief de New York, comme d’autres œuvres similaires, doit donc être compris comme une construction idéologique plutôt qu’un compte-rendu historique fidèle.

Ces images servaient à renforcer le mythe du pharaon invincible, essentiel pour maintenir la stabilité de l’État.

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