Des pirates informatiques liés à la Chine visent la recherche universitaire au Canada

« Tout semble pointer vers une attaque qui profite au gouvernement chinois », selon un expert.
Résumé
Campagne de pirates chinois
Un groupe de pirates informatiques, nommé UNK_MassTraction par la firme de cybersécurité Proofpoint, a mené une campagne de cyberespionnage ciblant des universités canadiennes et américaines entre 2025 et 2026.
Selon le rapport de Proofpoint publié en juillet 2026, ces pirates ont exploité des vulnérabilités connues dans le logiciel de messagerie web Roundcube, utilisé par des départements de physique et d'ingénierie.
Leur objectif était de voler des identifiants de connexion et d'infecter les serveurs pour exfiltrer des informations sensibles.
Bien que l'origine exacte de ces attaques ne soit pas confirmée, plusieurs indices, comme les techniques employées et le choix des cibles, suggèrent un lien avec les intérêts du gouvernement chinois.
Aucune institution canadienne spécifique ni donnée piratée n'a été révélée dans ce rapport.
Cibles privilégiées
Les pirates ont principalement visé des départements universitaires liés à la sécurité nationale, l'astrophysique et la physique des particules.
Selon Benjamin Fung, professeur à l'Université McGill, le Canada est une cible de choix pour la Chine en raison de ses ressources humaines et technologiques, notamment dans des domaines comme l'intelligence artificielle (IA) et les technologies quantiques.
Marie Lamensch, directrice des affaires mondiales au Centre montréalais pour la sécurité globale (MIGS), souligne que Montréal abrite des centres d'excellence dans des secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs, les technologies aérospatiales (ex.
: Bombardier) et les biotechnologies.
Ces domaines sont considérés comme des technologies à double usage, c'est-à-dire utilisables à la fois pour des applications civiles et militaires, ce qui les rend particulièrement attractifs pour l'espionnage.
Autre campagne d'espionnage
En juin 2026, des chercheurs de Google ont révélé une autre campagne de cyberespionnage, attribuée au groupe UNC6508 et également liée à la Chine.
Cette fois, les pirates ont exploité des failles dans le logiciel REDCap, un outil de gestion de sondages et de bases de données utilisé par plus de 100 institutions canadiennes.
Leur stratégie consistait à déployer un maliciel (logiciel malveillant) sur des serveurs non sécurisés pour voler des identifiants et accéder aux réseaux internes des universités.
Une fois infiltrés, les pirates ont pu rester indétectés pendant plus d'un an, collectant des informations sensibles sur des sujets comme la stratégie militaire, les innovations technologiques et la recherche médicale.
Ces données étaient ensuite envoyées vers une boîte courriel contrôlée par UNC6508.
Objectifs du cyberespionnage
Selon Alexis Dorais-Joncas, directeur du cyberespionnage chez Proofpoint, l'objectif principal des attaques étatiques comme celles-ci est la collecte d'informations pour obtenir un avantage stratégique.
Par exemple, ces données pourraient servir lors de négociations internationales ou pour accélérer le développement technologique de la Chine.
Marie Lamensch, du MIGS, explique que le vol de données ou d'innovations permet à la Chine de gagner du temps dans sa course à l'innovation, plutôt que de développer ces technologies elle-même.
Dans le cas de la campagne UNC6508, l'objectif était de recueillir des informations brutes dans des domaines comme la défense, la technologie et la médecine, sans lien direct avec la géopolitique.
Menace chinoise au Canada
Depuis 2023, le Centre canadien pour la cybersécurité (CCCS) qualifie la Chine de cybermenace la plus importante pour le Canada, en raison de son volume, de sa capacité et de ses intentions.
En 2025, le CCCS a confirmé que les activités cyber chinoises étaient les plus actives et sophistiquées contre le pays.
Le Comité spécial de la Chambre des communes sur les relations entre le Canada et la Chine a également souligné en 2023 que l'espionnage chinois n'avait jamais été aussi intense depuis la guerre froide.
Pourtant, peu de poursuites judiciaires ont été engagées au Canada.
La seule personne inculpée pour espionnage en lien avec la Chine est Yuesheng Wang, un ancien chercheur d'Hydro-Québec arrêté en 2022 pour avoir transmis des informations sensibles à des entités chinoises.
Difficultés d'imputabilité
Marie Lamensch, du MIGS, explique que l'absence de poursuites contre les cyberattaques chinoises s'explique par des difficultés d'attribution : il est souvent impossible de lier directement les opérations clandestines à leurs auteurs en Chine.
De plus, les acteurs responsables sont généralement localisés hors du Canada, ce qui limite les actions judiciaires possibles.
Benjamin Fung, professeur à McGill, ajoute que l'absence de conséquences pour la Chine encourage ces activités, car Pékin n'encourt aucun coût politique ou économique.
Selon lui, malgré les discours politiques, aucune mesure concrète ne semble dissuader ces attaques.
Réponse de la Chine
La Chine a rejeté catégoriquement les accusations d'espionnage portées par le Canada.
Dans un communiqué publié en mai 2026, l'ambassade de Chine au Canada a affirmé que Pékin n'avait aucun intérêt pour les affaires intérieures canadiennes et s'opposait fermement aux cyberattaques.
Le gouvernement chinois a également accusé le Canada d'interférer dans ses affaires intérieures, notamment sur des sujets comme Taïwan, le Xinjiang, le Xizang (Tibet) et Hong Kong.
Ces tensions ont conduit le Canada à adopter en mars 2021 des sanctions économiques contre la Chine en réponse aux violations des droits de la personne, comme les persécutions des Ouïghours et des Tibétains.
Rapprochement et inquiétudes
Les relations entre le Canada et la Chine se sont récemment réchauffées après des années de tensions.
En janvier 2026, Human Rights Watch a appelé le Canada à confronter la répression accrue du Parti communiste chinois lors de la visite du premier ministre Mark Carney en Chine, une première depuis plus de huit ans.
Marie Lamensch, du MIGS, s'interroge sur l'impact de ce rapprochement : elle craint que la réduction des tensions ne conduise à une diminution des condamnations canadiennes envers les cyberactivités chinoises.
Pour elle, ce réchauffement des relations pourrait affaiblir la vigilance du Canada face aux menaces cyber chinoises.
Failles de sécurité récurrentes
Alexis Dorais-Joncas, de Proofpoint, souligne que l'exploitation de vulnérabilités connues (appelées n-day en cybersécurité) dans des logiciels comme Roundcube ou REDCap est un problème endémique.
Ces failles sont des faiblesses logicielles pour lesquelles un correctif existe, mais qui n'ont pas été appliquées par les organisations.
Les serveurs exposés à Internet, comme ceux utilisés par les universités, deviennent alors des points d'entrée faciles pour les pirates.
Dorais-Joncas déplore que, malgré les avancées technologiques en cybersécurité, de nombreuses organisations négligent les mises à jour, facilitant ainsi les attaques.
Il conclut que les technologies de défense sont performantes, mais que leur efficacité dépend du respect des bonnes pratiques par les utilisateurs.
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