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Sciences humaines

Comment le positionnement actif du chercheur face à des pratiques artistiques méconnues et dans un contexte urbain non familier influe-t-il sur la compréhension et l’analyse de l’expérience artistique

Hypothèses (OpenEdition) · mis à jour 27 janv.

Posted in: fr.hypotheses.orgMa recherche de thèse sur la production esthétique de l’espace urbain vise à comprendre la portée de....

Étude sur l'art urbain

Cet article présente une recherche de thèse qui explore comment les artistes transforment l’espace urbain à travers deux pratiques artistiques : la bande dessinée et le street art. L’auteure, Sevil Seten, a mené son enquête à Nantes, une ville reconnue pour son dynamisme culturel. Elle a adopté une posture d’observateur-participant, c’est-à-dire qu’elle a à la fois observé les artistes sur le terrain et participé à leurs activités pour mieux comprendre leur rapport à la ville. Cette approche s’est avérée cruciale car Nantes, malgré son ancrage artistique, a vu ses événements culturels perturbés par la pandémie de COVID-19 en 2020. Pour compenser ces restrictions, l’auteure a privilégié des entretiens avec des artistes locaux, notamment ceux issus de l’école d’arts décoratifs de Strasbourg (HEAR), afin de saisir les motivations qui les ont poussés à s’installer à Nantes.

Attractivité de Nantes

L’attractivité de Nantes pour les artistes s’explique par plusieurs facteurs. Romy, une illustratrice, évoque l’attrait de la proximité de la mer, bien que Strasbourg soit également une ville appréciée. Pour Thibaud, un artiste-graffeur-photographe, c’est la dynamique collective du milieu du graffiti à Nantes qui a joué un rôle clé. Il décrit une communauté soudée, où les artistes collaborent facilement et où la mentalité locale favorise la tolérance. Cette ambiance, combinée à une taille humaine malgré le statut de grande ville, crée un environnement propice à la création artistique. Thibaud souligne que cette cohésion réduit les conflits et renforce la motivation des artistes à s’y installer.

Méthodologie immersive

Pour comprendre les pratiques artistiques, l’auteure a utilisé la méthode de l’observation participante, une technique qualitative où le chercheur s’immerge dans le milieu étudié. Cette approche, inspirée des travaux de Beaud et Weber (2010), permet de saisir les comportements et les interactions des artistes dans leur environnement naturel. Contrairement à son enquête avec les dessinateurs de bande dessinée, l’auteure a dû adapter sa méthode pour le street art, un milieu plus informel et marginalisé. Elle a suivi de près les événements artistiques organisés par l’association Plus de Couleur, comme le projet « Mur Nantes », où elle a elle-même participé à la création d’une fresque. Cette immersion a permis de recueillir des discours riches et de croiser différentes techniques d’enquête, comme la photographie, l’enregistrement sonore et la cartographie sensible.

Cartographie sensible

Pour aller au-delà des entretiens, l’auteure a utilisé la cartographie sensible, une méthode qui combine dessin et récit pour représenter l’expérience subjective des artistes. Cette technique, développée par Jolivet et al. (2021), permet de matérialiser des espaces urbains à travers le vécu des créateurs. Par exemple, Maël, un illustrateur, a dessiné une carte mettant en lumière des lieux symboliques, même s’ils n’existaient plus physiquement en raison de la pandémie. Quentin, un street artiste, a quant à lui cartographié les zones de visibilité de ses œuvres, comme le centre-ville ou les axes piétons, en expliquant pourquoi ces espaces étaient stratégiques pour toucher le public. Ces dessins offrent une vision unique de la ville, où chaque quartier devient un cadre de création et d’interaction.

Ce que ça pourrait changer

L’enquête a transformé la posture de l’auteure, qui est passée d’une observatrice extérieure à une participante immergée. En suivant les artistes dans leurs déambulations et en collaborant avec eux, elle a pu accéder à une compréhension plus fine de la ville, non pas à travers des récits uniformes, mais à travers des expériences plurielles et subjectives. Cette approche a permis de révéler les tensions entre liberté créative, professionnalisation et interaction avec le public, comme en témoigne Géry, un graffeur qui alterne entre commandes professionnelles et pratiques plus libres. L’auteure a également pu croiser les univers de la bande dessinée et du *street art*, mettant en lumière leurs spécificités et leurs points de convergence dans la fabrique de l’espace urbain.

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